Deuxième partie
RIDEAU
SOPHIE se trouve dans les coulisses du côté maison et revêtit une robe de nuit et des tasses de café. La table, les chaises, la télé et le drap sombre se trouvent ou sont déplacés dans la partie « maison ». Le Payadeur qui se trouve dans la maison se prépare totalement pour son intervention télévisée prochaine mais reste soit dans l´obscurité soit son visage est caché du public par du tissus ou du papier. Il prend avec lui du tissus imbibé de produit démaquillant et un bonnet en laine dont il se servira bien plus tard. Il n´y a aucun écriteau du côté jardin, juste celui « ghetto » est prêt á être posé. HELENA est assise sur une des chaises et Pierre est en face assis par terren en face d´elle, ils sont près du public.
EXT. RUE (JARDIN). SOIR
HENRI, en tenue civile, marche péniblement dans des rues. HENRI semble énervé et triste. Il ne se trouve pas très loin du ghetto. Il place maintenant l´écriteau « ghetto ».
EXT. MAISON (GHETTO). NUIT
Il arrive sur la place du ghetto, s'accroupit sur le perron d'une maison (celle d´HELENA) et se met à pleurer.
INT. MAISON (HONGROISE). NUIT
Il est environ vingt deux heures et elle partira travailler de nuit dans deux heures.
PIERRE
J'ai peur dans le noir!
HELENA (rassurante)
Il ne faut pas avoir peur, Pierre!… Tu sais, c'était pareil pour moi quand j'étais petite et je n'en suis pas morte! Allez, essaye de t'endormir!
PIERRE se retourne contre le mur.
PIERRE (rapide)
Dis, Hélène! Pourquoi tout le monde a peur, ici ?
HELENA (gênée)
Je ne sais pas... Dors, plutôt!
PIERRE
Je veux aller aux toilettes...
HELENA (sèche)
Encore?
HELENA
Je t'attends!
PIERRE sort de scène puis revient affolé. Elle comprend que quelque chose ne tourne pas rond et lui fait signe de se taire.
HELENA (chuchotant)
Qu'est-ce qu'il y a?
PIERRE (chuchotant)
Il y a quelqu'un dehors... derrière la porte...
HELENA se tait un instant.
HELENA
Va dans ton lit et ne fais pas de bruit!
HELENA sort de la chambre avec Pierre dans les coulisses (elle l´accompagne dans sa chambre).
HELENA
Je reviens tout de suite!
HELENA revient dans la maison, allume la lumière de la pièce et s´approche de la porte d´entrée derrière laquelle se trouve HENRI. Finalement, elle ouvre très lentement la porte.
EXT. PORTE (GHETTO). NUIT
HENRI, méfiant, est en train de reculer face à la porte. Elle place son index sur sa bouche pour qu'il garde le silence.
HELENA (chuchotant)
Excusez moi..., mais que faîtes vous ici?
HENRI (confus et chuchotant)
Je me suis perdu...
HENRI regarde le ciel.
HENRI
Je regardais le ciel!
HELENA
Ah bon… Mon petit frère vous a vu et vous lui avait fait peur…
HENRI (gêné)
Désolé...
HELENA observe les beaux vêtements civils d'HENRI.
HELENA
Vous n'êtes pas d'ici... Vous êtes-vous perdu? Est-ce que je peux vous aider…
HENRI (sec et autoritaire)
Non, çà va... Allez plutôt vous coucher!
HELENA, surprise, le regarde un instant.
HELENA (douce)
Je travaille cette nuit, monsieur! Bonsoir!
HENRI
Cette nuit?
HELENA
Oui, je suis avec l'équipe de nuit… On nettoie la ville…
HENRI
Ah…
HELENA ferme simplement la porte. HENRI regarde un instant la porte se fermer, hausse les épaules et puis part. Un peu plus loin, il regarde à nouveau la maison et hausse encore les épaules. On a cependant l'impression qu'il se force un peu à le faire. En fait, il est gêné d'avoir été surpris par une HONGROISE, qui s'est même proposée de l'aider et qui n'a pas semblée impressionnée par sa présence. HENRI retire l´écriteau « ghetto », sort de scène du côté cabine et s´apprête à y retourner.
OBSCURITE TOTALE SUR SCENE
Un acteur va jouer le rôle du chef de la République : Le Payadeur, qui va tenir un discours derrière un écran de télévision. Soit présence d´une télévision sur scène avec discours préenregistré sur K7, soit un carton noir (téléviseur) posé sur une table. La table est disposée du côté maison. L´acteur est assis sur une chaise derrière la table et un drap sombre cache son corps et seule sa tête apparaît dans le cadre du carton. Une lampe peut éclairer l´ « écran » pour le mettre en évidence.
SOPHIE s´installe avec ses tasses de café du côté maison et allume la lumière de la maison. HENRI revient du côté maison.
HELENA et son FRERE sont dans les coulisses du côté maison et attendent leur tour. Helena prend un livre dont elle aura besoin plus tard.
INT. SALON. SOIR
Le soir même SOPHIE prépare du café et fait les cent pas tranquillement chez elle. HENRI entre enfin en venant de l´extérieur (côté jardin). Il pose son manteau.
HENRI (neutre)
Je suis épuisé.
SOPHIE (souriante)
Je t'attendais et j'ai préparé du café, mon chéri! Sinon, ca va ?
HENRI
Oui, merci et toi?
SOPHIE
Je me suis un peu inquiétée... Le Payadeur va faire un discours télévisé.
SOPHIE ferme la lumièrede la pièce et approche une lampe du téléviseur puis elle l´allume. LE PAYADEUR gesticule et parle comme un hypnotiseur. Sa voix est suave, persuasive et lente. Il a l'air assez ridicule.
HYPNOTISEUR
…Dans le passé, nous, les NiFistes, avons redonné à notre magnifique Terre, beauté et intégrité. L'immigration anifiste a été enrayée. Tous les problèmes comme la violence gratuite ont miraculeusement disparu… Voyez comme tout est paisible désormais… Les anifistes étaient assurément des êtres à part, belliqueux et malsains, qui portaient en eux tous les maux de la société. Le magma cosmopolite ne mettra plus jamais en danger nos ambitions! Les complots ont été déjoués!
Plus récemment, nous avons étendu notre doctrine à l'Europe dont nous avons fait entièrement la conquête pour trouver un indispensable espace vital. Sur les sols anifistes, il a bien fallu faire la guerre et une ségrégation raciale afin de préserver la pureté de notre peuple. C'était inévitable! Les anifistes qui sont tous fondamentalement fainéants et pervers, auraient cherché par tous les moyens à se reproduire avec nos femmes. Mais heureusement, nous avons nifisé l'Europe sans leur laisser le temps de l'anifiser! L'Union Européenne était un grand mal! La déchéance rapide de ses membres en témoigne. Songez à l'Espagne!
Notre population nifiste est fondée sur le sang, la race et la culture… Elle est, par conséquent, supérieure à toutes les autres!
Anifistes, rappelez vous que je ne suis pas xénophobe mais niphistophile!
Mes chers compatriotes, bonsoir. N'oubliez pas que je vous aime par-dessus tout!
HENRI (ironique)
Sieg Heil !
HENRI hausse les épaules et éteint la lampe de la télé. Il allume la lumière de la pièce.
HENRI (songeur)
Sophie... Pourquoi?
SOPHIE (inquiète)
Pourquoi quoi? Qu'est-ce qu'il y a?
SOPHIE reprend rapidement le sourire pour ne pas inquiéter HENRI mais celui-ci ne répond pas.
SOPHIE (souriante et entraînante)
Qu'est-ce que tu veux dire?
HENRI (hésitant puis s'énervant un peu)
Non, rien… Je ne sais pas… Je me pose des questions… Pourquoi j'ai ce rôle?… Pourquoi tu es ma femme…? Pourquoi les choses sont ainsi?… Tout ceci, çà ne tient pas à grand chose! Finalement, les choses auraient pu être autrement!
SOPHIE (réfléchissant)
Les choses sont comme elles ont, mon chéri… Si les choses suivent ce cours, ce n'est pas par hasard… La vie est une lutte perpétuelle et les plus forts s'imposent. Vivre, c'est être responsable et çà se mérite... Il y a ces anifistes qui sont de vrais boulets. On n'avance pas avec une société où les avis divergent sans arrêt… et quand les gens sont trop différents!… Il fallait que les choses aillent de l'avant et surtout dans le même sens. Heureusement que les choses se sont arrangées, n'est-ce pas? Tout va pour le mieux nous affirmait encore aujourd'hui Le Payedeur à la télévision!
SOPHIE semble extrêmement troublée et ne sait pas quoi répondre. HENRI quitte la cuisine.
OBSCURITE TOTALE SUR SCENE
Sophie sort de scène du côté maison en emmenant la TV mais en laissant le drap noir au sol dans un coin. Le Payadeur (Pierre) se démaquille (moustache) et se enfile son bonnet en laine puis il va se coucher par terre dans le drap noir.
Henri entre dans le côté jardin et se trouve dans le ghetto. Il place l´écriteau adéquat.
Helena sont déjà du côté maison dans leur chambre. Helena installe la table et la chaise près de la fenêtre et prend le livre et la lampe, s´installe puis lit.
EXT. RUELLE. NUIT
HENRI se trouve dans le ghetto près de la maison et il s´approche de la fenêtre de la chambre des enfants. Il regarde à l'intérieur et sourit. Il tape légèrement la vitre.
INT. CHAMBRE. OBSCURITE
HELENA s'effraye et regarde vers sa fenêtre. Son FRERE ne s'est toujours pas réveillé. HENRI lui fait signe de se taire et de s'approcher. HELENA, inquiète, se lève et va ouvrir la fenêtre avec précaution.
HELENA (étonnée, chuchotant)
Qu'y a t'il, monsieur?
HENRI
Je passais par-là et je voulais te saluer…
HELENA
C'est gentil, merci… Mais, il est un peu tard.
HENRI
J'ai trouvé ton comportement exemplaire l'autre jour.
HELENA
Hier, dans le bar? Qu'y faisiez-vous, d'ailleurs?
HENRI
Je te cherchais… Non, je ne parlais pas du bar mais du soir d'avant quand je m'étais perdu… Tu étais bien discrète… Tu en as parlé depuis?
HELENA
Certainement pas! Çà aurait inquiété davantage mes parents et c'est pas le moment!
HENRI
Les gens s'inquiètent par ici?
HELENA reste un moment silencieuse.
HELENA (provoquante)
Çà vous étonne…?
HENRI
Que penses-tu des Francais?
HELENA (ironique)
En général ou en particulier?
HENRI
Les deux…
HELENA (ironique)
Je ne peux pas me permettre de dire ce que je pense… Alors, je vais réciter ce que je suis sensée répondre…
HENRI (réticent)
Non! La situation est unique… Parle moi franchement… Tu n'as rien à craindre…
HELENA
Ni rien à perdre…! Je veux bien vous répondre mais promettez moi que je serai la seule à payer les conséquences de cet acte!
HENRI (rassurant et rassurant)
Oui, oui bien-sûr! Alors dis moi… ce que tu penses de nous et … de moi…
HELENA (vive)
Vous êtes de viles ordures!
HENRI (déçu et mécontent)
Je vois…
HELENA (ironique et énervée)
Vous m'aviez demander d'être franche… Maintenant vous souffrez et vous êtes mécontent… Mais comparez ce que vous ressentez face à ce qui m'attend… et à ce que je ressens tous les jours! Çà n'a rien à voir! Moi, je ne vous plains pas! Désolée!
HELENA désigne son frère.
HELENA (à HENRI, émue)
Lui, c'est mon petit frère… Il a cinq ans… Il s'appelle Pierre. C'est la seule personne à laquelle je tienne réellement et je vais le perdre un jour ou l'autre. Il est condamné lui aussi… puisque qu'aucun d'entre nous n'échappera à l'extermination…
HENRI (air innocent)
Mais de quelle extermination parles-tu?
HELENA regarde HENRI intensément dans les yeux. Elle semble irritée et déçue de le voir mentir. Elle commence à refermer la fenêtre.
HELENA
Si c'est tout ce que vous trouvez à me dire…
HENRI l'empêche de fermer la fenêtre.
HENRI (pressé et inspiré)
Excuse moi… C'est des phrases toutes faites qui me viennent à l'esprit. J'ai du mal à faire la part des choses… à être objectif… Je ne te mentirai plus, je te le promet!… Pas ce soir… Pas à cette fenêtre… Pas à un ange…
HELENA (sèche)
Je ne suis pas un ange…
HENRI
Pour moi, si… Laisse moi y croire… Je t'en prie!… Comment t'appelles-tu?
HELENA
Je m'appelais Hélèna. Mais en Patochin, on le prononce apparemment : Hélène…
HENRI (songeur)
Hélèna…
HENRI regarde PIERRE pour vérifier qu'il dort toujours.
HENRI
Tu me dis que tu aimes ton frère… Mais de quelle manière? Explique moi! Qu'est-ce l'amour pour toi?…
HELENA (passionnée et songeuse)
La misère rapproche les gens! L'amour… est un esclavage qui nous permet de nous élever humainement et de nous surpasser…
HENRI (attentif et souriant)
Oui…
HELENA (triste)
J'ai dû affronter le regard de mon frère, récemment. Un regard qu'on aime et qui souffre… Un regard qui anéantit! C'était quand mes grand-parents ont été enlevés…
Il y a un silence. HENRI regarde HELENA et semble gêné.
HELENA
Des militaires francais les ont enlevés il y a un mois. C'était les seuls à partir ce jour là… Ils sont partis sur des civières… Sont-ils toujours vivants? Pouvez-vous me renseigner?
HENRI (songeur)
Oui, je me rappelle…
HELENA (surprise)
Comment çà?
HENRI (rapidement et hésitant)
…On sait tout chez nous… Ils ont été mal traités…
HENRI (soupire)
Il vaut mieux pas que tu n'en saches pas plus…
HELENA (insiste)
Ils sont morts?
HENRI
Le vi… euh, ton grand-père a été relogé vers la roue…
HELENA (curieuse)
Mais qu'est-ce qui se passe là-bas? La roue s'est mise a retourner et il y a beaucoup d'animation…
HENRI (souriant)
C'est joli, tu ne trouves pas? C'est moi-
HELENA (le coupe sèchement)
Mais, pourquoi avez-vous emmène mon grand-père, là-bas?
HENRI (hésite)
C'est un parc d'attraction…
HENRI (hésite)
Hélèna, tu es trop jeune… Je ne peux pas tout te dire. Il s'agit de secrets militaires.
HELENA
Vous m'aviez promis de me dire la vérité!
EXT. GHETTO. NUIT
Un ESPION entre sur scène du côté cabine, avance dans le ghetto et se met en embuscade. Il se rapproche discrètement de la maison d'HELENA et observe HENRI qui ne le voit pas.
HENRI (rétorquant)
Non, je t'ai seulement promis de ne pas te mentir. Je ne peux pas tout te dire! Comme on dit, toute vérité n'est pas bonne à dire... Ce sont des secrets militaires, tu comprends?
HELENA (étonnée)
Mon grand-père, un secret militaire?
HENRI (souriant)
Pas vraiment, non…!
HELENA (suppliante)
Est-ce que je pourrais le voir?
HENRI
…Certainement pas, c'est trop risqué.
HENRI hésite et réfléchit.
L´espion sort de scène du côté cabine.
INT. CHAMBRE. NUIT
PIERRE se réveille et se frotte longuement les yeux. Il se lève en tirant son drap derrière lui et touche HELENA qui sursaute. Il se penche à la fenêtre. L´espion le voit aussi.
PIERRE
C'est qui le monsieur?
HELENA (surprise puis convaincante)
C'est pas un monsieur… C'est un ange! Il vient nous parler.
PIERRE se frotte les yeux et les écarquille. HENRI s'émeut. HELENA essaie de raccompagner son frère dans son lit.
HELENA
Il vient nous donner des nouvelles de grand-père…
PIERRE (excité)
Est-ce que je peux toucher les ailes de l'ange?
HELENA (à HENRI)
Non, ses ailes sont douloureuses… C'est un ange déchu… Ses ailes ne lui sont plus d'aucune utilité… Elles sont atrophiées et rabougries.
PIERRE regarde HENRI d'un air étonné et s'approche de la fenêtre. HELENA monte son frère sur une chaise pour qu'il puisse discuter avec HENRI.
PIERRE (à HENRI)
Elles te font mal?
PIERRE se frotte encore les yeux et observe le dos d'HENRI quand celui-ci se retourne. Il y a un silence total à l'extérieur. HENRI, un peu rassuré, hausse les épaules.
PIERRE (à HELENA, chuchotant)
Elles sont vachement petites ses ailes! Je ne les vois même pas.
HENRI se retourne vers les ENFANTS et leur sourit.
HENRI
Je vais bientôt devoir partir…Je vous souhaite une bonne nuit… Je dois y aller… Ne vous fatiguez pas trop, ce soir! J'ai demandé qu'on vous laisse en paix…
HELENA
Vous reviendrez?
HENRI
Oui, on se reverra…
RIDEAU
SOPHIE se trouve dans les coulisses du côté maison et revêtit une robe de nuit et des tasses de café. La table, les chaises, la télé et le drap sombre se trouvent ou sont déplacés dans la partie « maison ». Le Payadeur qui se trouve dans la maison se prépare totalement pour son intervention télévisée prochaine mais reste soit dans l´obscurité soit son visage est caché du public par du tissus ou du papier. Il prend avec lui du tissus imbibé de produit démaquillant et un bonnet en laine dont il se servira bien plus tard. Il n´y a aucun écriteau du côté jardin, juste celui « ghetto » est prêt á être posé. HELENA est assise sur une des chaises et Pierre est en face assis par terren en face d´elle, ils sont près du public.
EXT. RUE (JARDIN). SOIR
HENRI, en tenue civile, marche péniblement dans des rues. HENRI semble énervé et triste. Il ne se trouve pas très loin du ghetto. Il place maintenant l´écriteau « ghetto ».
EXT. MAISON (GHETTO). NUIT
Il arrive sur la place du ghetto, s'accroupit sur le perron d'une maison (celle d´HELENA) et se met à pleurer.
INT. MAISON (HONGROISE). NUIT
Il est environ vingt deux heures et elle partira travailler de nuit dans deux heures.
PIERRE
J'ai peur dans le noir!
HELENA (rassurante)
Il ne faut pas avoir peur, Pierre!… Tu sais, c'était pareil pour moi quand j'étais petite et je n'en suis pas morte! Allez, essaye de t'endormir!
PIERRE se retourne contre le mur.
PIERRE (rapide)
Dis, Hélène! Pourquoi tout le monde a peur, ici ?
HELENA (gênée)
Je ne sais pas... Dors, plutôt!
PIERRE
Je veux aller aux toilettes...
HELENA (sèche)
Encore?
HELENA
Je t'attends!
PIERRE sort de scène puis revient affolé. Elle comprend que quelque chose ne tourne pas rond et lui fait signe de se taire.
HELENA (chuchotant)
Qu'est-ce qu'il y a?
PIERRE (chuchotant)
Il y a quelqu'un dehors... derrière la porte...
HELENA se tait un instant.
HELENA
Va dans ton lit et ne fais pas de bruit!
HELENA sort de la chambre avec Pierre dans les coulisses (elle l´accompagne dans sa chambre).
HELENA
Je reviens tout de suite!
HELENA revient dans la maison, allume la lumière de la pièce et s´approche de la porte d´entrée derrière laquelle se trouve HENRI. Finalement, elle ouvre très lentement la porte.
EXT. PORTE (GHETTO). NUIT
HENRI, méfiant, est en train de reculer face à la porte. Elle place son index sur sa bouche pour qu'il garde le silence.
HELENA (chuchotant)
Excusez moi..., mais que faîtes vous ici?
HENRI (confus et chuchotant)
Je me suis perdu...
HENRI regarde le ciel.
HENRI
Je regardais le ciel!
HELENA
Ah bon… Mon petit frère vous a vu et vous lui avait fait peur…
HENRI (gêné)
Désolé...
HELENA observe les beaux vêtements civils d'HENRI.
HELENA
Vous n'êtes pas d'ici... Vous êtes-vous perdu? Est-ce que je peux vous aider…
HENRI (sec et autoritaire)
Non, çà va... Allez plutôt vous coucher!
HELENA, surprise, le regarde un instant.
HELENA (douce)
Je travaille cette nuit, monsieur! Bonsoir!
HENRI
Cette nuit?
HELENA
Oui, je suis avec l'équipe de nuit… On nettoie la ville…
HENRI
Ah…
HELENA ferme simplement la porte. HENRI regarde un instant la porte se fermer, hausse les épaules et puis part. Un peu plus loin, il regarde à nouveau la maison et hausse encore les épaules. On a cependant l'impression qu'il se force un peu à le faire. En fait, il est gêné d'avoir été surpris par une HONGROISE, qui s'est même proposée de l'aider et qui n'a pas semblée impressionnée par sa présence. HENRI retire l´écriteau « ghetto », sort de scène du côté cabine et s´apprête à y retourner.
OBSCURITE TOTALE SUR SCENE
Un acteur va jouer le rôle du chef de la République : Le Payadeur, qui va tenir un discours derrière un écran de télévision. Soit présence d´une télévision sur scène avec discours préenregistré sur K7, soit un carton noir (téléviseur) posé sur une table. La table est disposée du côté maison. L´acteur est assis sur une chaise derrière la table et un drap sombre cache son corps et seule sa tête apparaît dans le cadre du carton. Une lampe peut éclairer l´ « écran » pour le mettre en évidence.
SOPHIE s´installe avec ses tasses de café du côté maison et allume la lumière de la maison. HENRI revient du côté maison.
HELENA et son FRERE sont dans les coulisses du côté maison et attendent leur tour. Helena prend un livre dont elle aura besoin plus tard.
INT. SALON. SOIR
Le soir même SOPHIE prépare du café et fait les cent pas tranquillement chez elle. HENRI entre enfin en venant de l´extérieur (côté jardin). Il pose son manteau.
HENRI (neutre)
Je suis épuisé.
SOPHIE (souriante)
Je t'attendais et j'ai préparé du café, mon chéri! Sinon, ca va ?
HENRI
Oui, merci et toi?
SOPHIE
Je me suis un peu inquiétée... Le Payadeur va faire un discours télévisé.
SOPHIE ferme la lumièrede la pièce et approche une lampe du téléviseur puis elle l´allume. LE PAYADEUR gesticule et parle comme un hypnotiseur. Sa voix est suave, persuasive et lente. Il a l'air assez ridicule.
HYPNOTISEUR
…Dans le passé, nous, les NiFistes, avons redonné à notre magnifique Terre, beauté et intégrité. L'immigration anifiste a été enrayée. Tous les problèmes comme la violence gratuite ont miraculeusement disparu… Voyez comme tout est paisible désormais… Les anifistes étaient assurément des êtres à part, belliqueux et malsains, qui portaient en eux tous les maux de la société. Le magma cosmopolite ne mettra plus jamais en danger nos ambitions! Les complots ont été déjoués!
Plus récemment, nous avons étendu notre doctrine à l'Europe dont nous avons fait entièrement la conquête pour trouver un indispensable espace vital. Sur les sols anifistes, il a bien fallu faire la guerre et une ségrégation raciale afin de préserver la pureté de notre peuple. C'était inévitable! Les anifistes qui sont tous fondamentalement fainéants et pervers, auraient cherché par tous les moyens à se reproduire avec nos femmes. Mais heureusement, nous avons nifisé l'Europe sans leur laisser le temps de l'anifiser! L'Union Européenne était un grand mal! La déchéance rapide de ses membres en témoigne. Songez à l'Espagne!
Notre population nifiste est fondée sur le sang, la race et la culture… Elle est, par conséquent, supérieure à toutes les autres!
Anifistes, rappelez vous que je ne suis pas xénophobe mais niphistophile!
Mes chers compatriotes, bonsoir. N'oubliez pas que je vous aime par-dessus tout!
HENRI (ironique)
Sieg Heil !
HENRI hausse les épaules et éteint la lampe de la télé. Il allume la lumière de la pièce.
HENRI (songeur)
Sophie... Pourquoi?
SOPHIE (inquiète)
Pourquoi quoi? Qu'est-ce qu'il y a?
SOPHIE reprend rapidement le sourire pour ne pas inquiéter HENRI mais celui-ci ne répond pas.
SOPHIE (souriante et entraînante)
Qu'est-ce que tu veux dire?
HENRI (hésitant puis s'énervant un peu)
Non, rien… Je ne sais pas… Je me pose des questions… Pourquoi j'ai ce rôle?… Pourquoi tu es ma femme…? Pourquoi les choses sont ainsi?… Tout ceci, çà ne tient pas à grand chose! Finalement, les choses auraient pu être autrement!
SOPHIE (réfléchissant)
Les choses sont comme elles ont, mon chéri… Si les choses suivent ce cours, ce n'est pas par hasard… La vie est une lutte perpétuelle et les plus forts s'imposent. Vivre, c'est être responsable et çà se mérite... Il y a ces anifistes qui sont de vrais boulets. On n'avance pas avec une société où les avis divergent sans arrêt… et quand les gens sont trop différents!… Il fallait que les choses aillent de l'avant et surtout dans le même sens. Heureusement que les choses se sont arrangées, n'est-ce pas? Tout va pour le mieux nous affirmait encore aujourd'hui Le Payedeur à la télévision!
SOPHIE semble extrêmement troublée et ne sait pas quoi répondre. HENRI quitte la cuisine.
OBSCURITE TOTALE SUR SCENE
Sophie sort de scène du côté maison en emmenant la TV mais en laissant le drap noir au sol dans un coin. Le Payadeur (Pierre) se démaquille (moustache) et se enfile son bonnet en laine puis il va se coucher par terre dans le drap noir.
Henri entre dans le côté jardin et se trouve dans le ghetto. Il place l´écriteau adéquat.
Helena sont déjà du côté maison dans leur chambre. Helena installe la table et la chaise près de la fenêtre et prend le livre et la lampe, s´installe puis lit.
EXT. RUELLE. NUIT
HENRI se trouve dans le ghetto près de la maison et il s´approche de la fenêtre de la chambre des enfants. Il regarde à l'intérieur et sourit. Il tape légèrement la vitre.
INT. CHAMBRE. OBSCURITE
HELENA s'effraye et regarde vers sa fenêtre. Son FRERE ne s'est toujours pas réveillé. HENRI lui fait signe de se taire et de s'approcher. HELENA, inquiète, se lève et va ouvrir la fenêtre avec précaution.
HELENA (étonnée, chuchotant)
Qu'y a t'il, monsieur?
HENRI
Je passais par-là et je voulais te saluer…
HELENA
C'est gentil, merci… Mais, il est un peu tard.
HENRI
J'ai trouvé ton comportement exemplaire l'autre jour.
HELENA
Hier, dans le bar? Qu'y faisiez-vous, d'ailleurs?
HENRI
Je te cherchais… Non, je ne parlais pas du bar mais du soir d'avant quand je m'étais perdu… Tu étais bien discrète… Tu en as parlé depuis?
HELENA
Certainement pas! Çà aurait inquiété davantage mes parents et c'est pas le moment!
HENRI
Les gens s'inquiètent par ici?
HELENA reste un moment silencieuse.
HELENA (provoquante)
Çà vous étonne…?
HENRI
Que penses-tu des Francais?
HELENA (ironique)
En général ou en particulier?
HENRI
Les deux…
HELENA (ironique)
Je ne peux pas me permettre de dire ce que je pense… Alors, je vais réciter ce que je suis sensée répondre…
HENRI (réticent)
Non! La situation est unique… Parle moi franchement… Tu n'as rien à craindre…
HELENA
Ni rien à perdre…! Je veux bien vous répondre mais promettez moi que je serai la seule à payer les conséquences de cet acte!
HENRI (rassurant et rassurant)
Oui, oui bien-sûr! Alors dis moi… ce que tu penses de nous et … de moi…
HELENA (vive)
Vous êtes de viles ordures!
HENRI (déçu et mécontent)
Je vois…
HELENA (ironique et énervée)
Vous m'aviez demander d'être franche… Maintenant vous souffrez et vous êtes mécontent… Mais comparez ce que vous ressentez face à ce qui m'attend… et à ce que je ressens tous les jours! Çà n'a rien à voir! Moi, je ne vous plains pas! Désolée!
HELENA désigne son frère.
HELENA (à HENRI, émue)
Lui, c'est mon petit frère… Il a cinq ans… Il s'appelle Pierre. C'est la seule personne à laquelle je tienne réellement et je vais le perdre un jour ou l'autre. Il est condamné lui aussi… puisque qu'aucun d'entre nous n'échappera à l'extermination…
HENRI (air innocent)
Mais de quelle extermination parles-tu?
HELENA regarde HENRI intensément dans les yeux. Elle semble irritée et déçue de le voir mentir. Elle commence à refermer la fenêtre.
HELENA
Si c'est tout ce que vous trouvez à me dire…
HENRI l'empêche de fermer la fenêtre.
HENRI (pressé et inspiré)
Excuse moi… C'est des phrases toutes faites qui me viennent à l'esprit. J'ai du mal à faire la part des choses… à être objectif… Je ne te mentirai plus, je te le promet!… Pas ce soir… Pas à cette fenêtre… Pas à un ange…
HELENA (sèche)
Je ne suis pas un ange…
HENRI
Pour moi, si… Laisse moi y croire… Je t'en prie!… Comment t'appelles-tu?
HELENA
Je m'appelais Hélèna. Mais en Patochin, on le prononce apparemment : Hélène…
HENRI (songeur)
Hélèna…
HENRI regarde PIERRE pour vérifier qu'il dort toujours.
HENRI
Tu me dis que tu aimes ton frère… Mais de quelle manière? Explique moi! Qu'est-ce l'amour pour toi?…
HELENA (passionnée et songeuse)
La misère rapproche les gens! L'amour… est un esclavage qui nous permet de nous élever humainement et de nous surpasser…
HENRI (attentif et souriant)
Oui…
HELENA (triste)
J'ai dû affronter le regard de mon frère, récemment. Un regard qu'on aime et qui souffre… Un regard qui anéantit! C'était quand mes grand-parents ont été enlevés…
Il y a un silence. HENRI regarde HELENA et semble gêné.
HELENA
Des militaires francais les ont enlevés il y a un mois. C'était les seuls à partir ce jour là… Ils sont partis sur des civières… Sont-ils toujours vivants? Pouvez-vous me renseigner?
HENRI (songeur)
Oui, je me rappelle…
HELENA (surprise)
Comment çà?
HENRI (rapidement et hésitant)
…On sait tout chez nous… Ils ont été mal traités…
HENRI (soupire)
Il vaut mieux pas que tu n'en saches pas plus…
HELENA (insiste)
Ils sont morts?
HENRI
Le vi… euh, ton grand-père a été relogé vers la roue…
HELENA (curieuse)
Mais qu'est-ce qui se passe là-bas? La roue s'est mise a retourner et il y a beaucoup d'animation…
HENRI (souriant)
C'est joli, tu ne trouves pas? C'est moi-
HELENA (le coupe sèchement)
Mais, pourquoi avez-vous emmène mon grand-père, là-bas?
HENRI (hésite)
C'est un parc d'attraction…
HENRI (hésite)
Hélèna, tu es trop jeune… Je ne peux pas tout te dire. Il s'agit de secrets militaires.
HELENA
Vous m'aviez promis de me dire la vérité!
EXT. GHETTO. NUIT
Un ESPION entre sur scène du côté cabine, avance dans le ghetto et se met en embuscade. Il se rapproche discrètement de la maison d'HELENA et observe HENRI qui ne le voit pas.
HENRI (rétorquant)
Non, je t'ai seulement promis de ne pas te mentir. Je ne peux pas tout te dire! Comme on dit, toute vérité n'est pas bonne à dire... Ce sont des secrets militaires, tu comprends?
HELENA (étonnée)
Mon grand-père, un secret militaire?
HENRI (souriant)
Pas vraiment, non…!
HELENA (suppliante)
Est-ce que je pourrais le voir?
HENRI
…Certainement pas, c'est trop risqué.
HENRI hésite et réfléchit.
L´espion sort de scène du côté cabine.
INT. CHAMBRE. NUIT
PIERRE se réveille et se frotte longuement les yeux. Il se lève en tirant son drap derrière lui et touche HELENA qui sursaute. Il se penche à la fenêtre. L´espion le voit aussi.
PIERRE
C'est qui le monsieur?
HELENA (surprise puis convaincante)
C'est pas un monsieur… C'est un ange! Il vient nous parler.
PIERRE se frotte les yeux et les écarquille. HENRI s'émeut. HELENA essaie de raccompagner son frère dans son lit.
HELENA
Il vient nous donner des nouvelles de grand-père…
PIERRE (excité)
Est-ce que je peux toucher les ailes de l'ange?
HELENA (à HENRI)
Non, ses ailes sont douloureuses… C'est un ange déchu… Ses ailes ne lui sont plus d'aucune utilité… Elles sont atrophiées et rabougries.
PIERRE regarde HENRI d'un air étonné et s'approche de la fenêtre. HELENA monte son frère sur une chaise pour qu'il puisse discuter avec HENRI.
PIERRE (à HENRI)
Elles te font mal?
PIERRE se frotte encore les yeux et observe le dos d'HENRI quand celui-ci se retourne. Il y a un silence total à l'extérieur. HENRI, un peu rassuré, hausse les épaules.
PIERRE (à HELENA, chuchotant)
Elles sont vachement petites ses ailes! Je ne les vois même pas.
HENRI se retourne vers les ENFANTS et leur sourit.
HENRI
Je vais bientôt devoir partir…Je vous souhaite une bonne nuit… Je dois y aller… Ne vous fatiguez pas trop, ce soir! J'ai demandé qu'on vous laisse en paix…
HELENA
Vous reviendrez?
HENRI
Oui, on se reverra…
RIDEAU
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