Première partie
La table et les deux chaises se trouvent dans le jardin. Sophie est assise, lit un journal, et Helene cueille des fleurs. Henri, portant une grande chemise blanche, est du côté maison et se coiffe. Sophie et Henri portent des perruques blanches car ils ont 60 ans environ. Helene peut porter une perruque avec de longues couettes. Helena en fantôme, vêtue d´un grand drap blanc, s´apprête à entrer sur scène du côté opposé, celui de la cabine. Dans le côté jardin, un écriteau « hôpital psychiatrique ».
La MILITAIRE et PAUL sont dans les coulisses du côté cabine et attendent leur tour.
La MILITAIRE et PAUL sont dans les coulisses du côté cabine et attendent leur tour.
EXT. JARDIN. JOUR
C'est la fin de l'après-midi, le ciel est un peu nuageux. Les membres d'une même famille mangent et discutent gaiment autour d'une table. Sont présents à table pour un repas, Sophie (soixante ans) et sa petite-fille HELENE.
Le fantôme d’Helena vêtu d´un linceul blanc déboule sur scéne, s’approche légèrement des personnages puis s'éloigne un peu comme s’ils ne l'interessaient pas et attend.
HENRI sort dans le jardin de l´hopital psychiatrique où il est interné pour rejoindre sa famille venue lui rendre visite et qui l´attend à table. Le fantôme le voit de loin et semble très surpris comme si il venait enfin de retrouver celui qu'il avait toujours cherché. Le revenant s'avance, accélère et lorsqu'il arrive aux pieds d'HENRI, il tourne autour de lui.
L´esprit regarde enfin le visage du HENRI et le détaille. Ce dernier, au début tranquille, commence à exprimer de l'inquiétude et de la surprise. Le fantôme recule et HENRI pâlit, ralentit et vacille. Finalement, le fantôme part rapidement et sort de scène du côté cabine.
Soudain, on entend le cri puissant et surprenant d'HENRI, terrifié et souffrant. Son visage est déformé par la douleur et par la peur. Il se tient la tête entre les mains comme s'il voulait l'empêcher d'exploser. Il se contortionne et suffoque à cause de l'insupportable souvenir qui l'a touché. Il tend la main vers les membres de sa famille.
HENRI ( voix perplexe, faible et trébuchante )
Oh non... Je la vois, elle tourne... toujours... Elle est revenue!... (silence puis trés fort avec angoisse) A moi !... Venez m'aider, pitié!
SOPHIE lui jette pourtant un regard tranquille, habitué à ce genre de situation et s'adresse à HELENE tout en continuant à lire son journal.
SOPHIE ( rassurante puis ironique )
N'y fait pas attention ma chérie! Il se laisse aller.
L’ENFANT ( inquiète )
Dis grand-mère... mais qu'est ce qu'il a grand-père encore ? ... Il va mourir?
SOPHIE ( à sa fille et à son beau-fils, ironique )
Peut-être...ha... oui... Ou alors, il va encore s´en sortir, encore une fois.
SOPHIE ( rassurante, à sa fille )
Il est vieux, c'est normal que çà arrive. Il ne faut pas y faire attention. Je vais chercher des boissons...
SOPHIE sort de scène par la gauche (maison). L’ENFANT s'approche d’HENRI et l'observe curieusement.
L’ENFANT ( naïve )
Pourquoi tu as dis « venez m'aider » tout à l'heure? Tu sais que tu vas mourir, alors pourquoi tu veux qu'on vienne t'aider?
HENRI regarde les grands yeux bruns de SA PETITE-FILLE en souriant à travers ses larmes.
HENRI ( un peu calmé et souriant lui chuchote )
Tu es là, toi... tu es aussi revenue... Danse, danse pour moi!
L’ENFANT se met à sautiller, à danser autour d´HENRI en tapant dans ses mains. De la musique accompagne sa danse. Elle sort de scène et rejoint SOPHIE.
La PETITE-FILLE et SOPHIE retirent leurs perruques et les laissent en évidence dans les coulisses pour la fin de la pièce. HENRI, seul sur scène, va retirer l´écriteau « hôpital psy », le met par terre, retire sa perruque blanche puis il va s´asseoir à table face au public.
HENRI ( monologue )
A l'âge de huit ans, je suis entré dans les jeunesses armées françaises. Je croyais avoir trouvé ma voie et je m'y suis investi à fond. Ce sont mes parents qui m'avaient poussés à m'engager. Je servais à réaliser leurs rêves et cette utilité me satisfaisait et me suffisait. A cette époque, j'avais déjà fait amitié avec celui qui fut le complice de ma vie, de mon histoire. L'ami avec lequel j'ai tout bâti, avec qui j'ai régné...
Quinze ans plus tard, je reçus une lettre de Paul... étrange, évasive... et finalement, elle bouleversa ma vie! Il m'invitait alors à le rejoindre à Budapest et me promettait un emploi qui me permettrait de m'épanouir complètement. Il désirait que l'on concrétise ensemble, comment dire..., nos suprêmes aspirations, ..., nos désirs les plus fous.
La MILITAIRE entre sur scène du côté cabine et accroche du côté jardin le verso de l´écriteau à terre où on lit cette fois « gare de Budapest ». Elle prend la table et la place dans la cabine. Pendant ce temps, HENRI déplace les chaises au fond du jardin, l´une à côté de l´autre. La MILITAIRE attend ensuite dans la gare, les bras croisés, en tappant du pied et regarde autour d´elle. HENRI va chercher SOPHIE dans les coulisses du côté maison, s´habille d´une veste noire et prend une valise. SOPHIE porte un chapeau et un sac à main. Ils se dirigent ensuite vers le jardin (gare de Budapest). PAUL s´apprête à entrer du côté cabine. Il porte une veste élégante.
NB : Ca ne serait pas mal si tous les autres acteurs pouvaient se déplacer d´un côté à l´autre de la scène pour imiter la foule de la gare. HENRI met sa perruqze blanche avec les autres en évidence quand il retourne dans les coulisses.
INT. GARE. NUIT
La MILITAIRE patrouille et cherche les bruns. Elle contrôle leur identité. HENRI se fait bien-sûr interpeller par une jeune femme qui lui regarde les cheveux (voir les touche) d´un air étonné. PAUL cherche HENRI des yeux.
MILITAIRE
Veuillez me suivre monsieur! Je vais vérifier votre identité...
PAUL entre sur scène et cherche des yeux son ami et parcourt les quelques mètres qui l'éloignent d'HENRI et bouscule énormément la MILITAIRE.
PAUL ( à la militaire, autoritaire et énervé )
Mais qu'est-ce qui se passe? Cet homme est avec moi !
HENRI
Paul !
PAUL
Henri, mon vieux !
MILITAIRE
Veuillez m´excuser, Monsieur le Préfet... ce sont vos ordres....
PAUL (gêné)
Ha ha ha, oui bon, c´est bon, hein !
La MILITAIRE s´éloigne et sort de scène. PAUL et HENRI se font l´accolade.
PAUL
Henri ! Comment çà va, mon vieux ?
HENRI
Cà va... Et toi?
PAUL
Cà va!... t'as vraiment pas changé! Et ton voyage? Ca a été ?
HENRI (ironique)
(soupir) Ennuyeux et interminable. Bon, mais je vais bien, je suis pas trop fatigué. Je te présente ma femme, Sophie.
PAUL
Bonjour, Sophie. Allez viens... on part! Mon chauffeur attend. Tu dormiras chez moi jusqu´à temps que tu puisses t´installer, d'accord?
SOPHIE
Bonjour.
HENRI ( étonné par PAUL )
Pour la militaire tout à l´heure, c´était pas la peine de la bousculer comme çà, elle faisait son boulot!
PAUL
Mais je ne l'ai pas bousculée... mais attends, j'ai rien fait. Je l'ai même pas touchée!
(paroles approximatives de Jean-Marie Le Pen quand il avait bousculé une maire socialiste).
HENRI (interloqué )
Attends... mais je t´ai vu !!
PAUL (fuyant)
Oui, bon... Laisse tomber !
Les acteurs quittent la scène à part PAUL et HENRI qui s´asseoient sur les chaises du jardin après avoir retiré l´écriteau « gare » et éventuellement placé celui « jardin ». Si c´est Sophie qui doit jouer le rôle de la CLIENTE alors elle devra sortir dans les coulisses du côté cabine.
EXT. JARDIN. JOUR
PAUL et HENRI sont assis sur un banc (chaises). Ils se réjouissent comme des enfants et ont l´air bêtes (éventuellement, au choix).
PAUL (plus dynamique)
Venons en à mes projets... Tu sais qu'il reste à présent très peu de spécimens de races anifistes… Ils sont devenus précieux parce qu'il faudra eux aussi finir par les exterminer. Alors..., mon idée était de donner aux gens le droit de les tuer comme ils le veulent à condition qu'ils nous paient. Nous deviendrions riches! A présent, toute la population est conditionnée. Les gens n'attendent que çà! … Un parc d'attraction serait l'idéal!… C'est là que tu interviens…
HENRI (réfléchissant)
C'était çà ton projet? Des clients nous payerons pour tuer?
PAUL (souriant)
Exactement! Ils achèteront le droit de savourer les dernières miettes.
HENRI (perplexe puis sérieux)
C'est pas vrai!… Je ne m'attendais vraiment pas à çà! Je ne sais pas quoi dire! C'est grandiose!
PAUL (modeste puis curieux)
…Oh, ce n'est qu'un détail de l'histoire!… Qu'est-ce que tu en penses? Est-ce que çà te paraît réaliste?
HENRI (souriant et motivé)
Certainement!… Attends mais tu as vraiment le droit de t'y prendre comme çà? Le Parti est au courant?
PAUL (satisfait)
En quelque sorte, oui... J'ai carte blanche pour l'extermination… Et puis les ordres ne sont pas d'une extrême précision…Alors, j'ai une certaine marge de manœuvre!
PAUL et HENRI, l'air absorbé et inspiré, se regardent un moment.
HENRI
Si je comprends bien, tu comptes sur moi pour mettre çà sur pied…
PAUL
Oui! C'est pour cela que je t'ai fait venir… Je n'interviendrai pratiquement pas! Je laisse libre cours à ton imagination… Et si tu as besoin de renseignements… ou d'aide, je me tiens à ta disposition, d'accord?
HENRI est comblé et sourit franchement puis il semble réfléchir.
HENRI
Tu parlais d'un parc d'attraction…
PAUL
Oui, je pense que çà serait une bonne idée! Il y en a un pas loin. Il était désaffecté et j'ai envoyé des ouvriers faire quelques vérifications récemment...
HENRI et PAUL emmènent les chaises dans la cabine et les placent dossiers l´un contre l´autre près du public puis partent dans les coulisses côté cabine. PAUL retire l´écriteau « jardin » du côté jardin. HENRI peut jouer ensuite avec le chapeau du KKK le rôle du guichetier. Sophie se change en la CLIENTE rousse en tenue légère. Le guichetier entraîne les deux ARABES hors des coulisses, les asseoit sur les chaises, les ligote et sort. La CLIENTE entre ensuite dans la cabine avec un marteau et un fouet qu´elle pose sur la table.
NB : Les scènes de torture se déroulent dans les nacelles d´un grande roue.
INT. CABINE. LUMIERE ELECTRIQUE
CLIENTE (cynique)
Alors les soit disant intellos… Vous savez que je dois vous faire mourir! Essayez donc de vous comporter dignement pendant le temps qu'il vous reste à vivre!
HOMME (courageux, énervé et provoquant)
...Dignement?...Tu veux qu'on crève le sourire aux lèvres, c'est çà? Tu veux aussi peut-être qu'on embellisse ta tâche?
FEMME (ironique)
Un meurtre dans de bonnes conditions! Elle ne veut pas nous entendre hurler, nous voir pleurer… C'est dur de travailler ainsi, n'est-ce pas?
CLIENTE (fort)
On a préparé ses arguments à ce que je vois! Vous essayez de m'émouvoir? Mais... n'est-ce pas dur, pour vous, de tenter de trouver des arguments pour essayer de m'atteindre, pour essayer d'ébranler mes convictions... et de vous apercevoir... que vous n'avez rien de cinglant à me lancer à la figure... parce que vous êtes trop… déphasés?
HOMME
Nous sommes trop déphasés? Et comment le sais-tu?
CLIENTE (ironique et de plus en plus fort)
Eh bien, mon cher! Tu veux savoir ce qui me le prouve? Tu es assis et je suis debout! Tu es ligoté et moi, j'agis! J'agis et tu subiras ce que je voudrais!… Tu vas crever tandis que moi, je vais vivre! Tout cela parce que tu n'es qu'un pauvre con d'Arabe… un être inférieur. Tout simplement!
FEMME (ironique et fâchée)
Des êtres inférieurs que l'on prend le soin d'affamer!… Inférieurs? Mais tu as besoin de nous faire attacher pour t'en convaincre, n'est-ce pas?… Si tu étais si forte... pourquoi prendrais tu la précaution de nous ligoter avant d'agir, hein? Tu n'aurais même pas besoin de nous mettre dans une telle position…, pas besoin non plus de nous tuer… Je veux dire que tu ne devrais même pas te soucier de gens qui sont cons... On devrait se suffire à nous mêmes?... Pourquoi nous portes-tu autant d'intérêt?
CLIENTE
Parce que je ne supporte pas votre vue…, parce que vous remettez en question l'espèce humaine… Parce que j'aime ce qui est grand, beau et esthétique! Toute aberration mérite d'être éliminée, figure toi! Je vous ai attaché parce que c'est plus artistique et parce que c'est dans cette position que je pourrais opérer au mieux... pour vous tuer!
HOMME (énervé)
Eh bien, qu'attends-tu?… Tu veux nous tuer, sache que çà m'est égal! Quoi de plus normal qu'une folle et qu'une meurtrière tue? Est-ce impossible d'en être par malchance la victime? A quoi bon raisonner, puisque tu dois tuer?… La seule chose à laquelle je pense encore : c'est que tu me fais pitié... Je ne vois en toi qu'une esclave!
CLIENTE (énervée)
Ta gueule l'anifiste! Ta gueule!
HOMME (persévérant)
Une esclave enchaînée par son éducation, ses pulsions…, son orgueil…, des principes…. Alors vraiment… je ne vois pas en quoi tu es libre. Nous sommes peut-être des victimes ligotées… mais tu vois... on sait voir un peu plus loin que le bout de notre nez et j'en arrive même à te plaindre…
La CLIENTE, furieuse, se déplace vers la table et prend le marteau et le fouet. Les ARABES la regarde. La FEMME s'affole.
FEMME (pleurant et rageant)
Certes, on va mourir mais on ne s'est pas corrompu! Nous sommes innocents!
CLIENTE (à la FEMME, exaspérée)
Ta gueule!
OBSCURITE TOTALE SUR SCENE
Tout le monde sort. Le marteau et le fouet sortent aussi. Le Guichetier (joué par Pierre cette fois) est assis à table. On imagine qu´il y a un interphone sur la table et différentes commandes pour la roue. HENRI entre sur scène ensuite.
EXT. ROUE. MATIN
HENRI se dirige vers le guichet et salue le GUICHETIER.
GUICHETIER (familièrement)
Bonjour, mon commandant!
HENRI
Bonjour! Ma nacelle est-elle prête?
GUICHETIER
Oui! Je vais vous faire monter!C'est la sixième, n'est-ce pas?
HENRI
Oui, c'est çà!
HENRI
Comment vont les affaires?
GUICHETIER
Excellemment, mon commandant! Il y a une liste d'attente de plusieurs mois, maintenant… Aujourd'hui, çà n'a pas arrêté depuis ce matin. Toutes les nacelles sont occupées en ce moment!
GUICHETIER (avec humour)
Et voilà! La roue est immobilisée, vous pouvez entrer dans votre nacelle ! Je vous souhaite un agréable moment! Veuillet me suivre...
HENRI et le GUICHETIER sortent de scène puis le Guichetier revient s´asseoir à table. PAUL entre sur scéne du côté cabine. Il a un portable et discute avec quelqu´un. Il s´approche du guichetier qui se met au garde à vous.
PAUL (énervé)
Non!… Il n'y a pas de nacelle vide pour le moment...
PAUL (exaspéré)
Je sais… mais je vous ai déjà dit que la cause de son accident ne lui en donne pas le droit... Il était en état d'imprégnation alcoolique...!
PAUL (très étonné et jubilant)
...Combien?... Ah, mais çà change tout!... Ecoutez, nous allons faire le nécessaire... Je vous met en contact avec l'équipe médico-génétique!
GUICHETIER
Bonsoir, monsieur le préfet!
PAUL (vif)
Mettez moi en contact avec le commandant Lafont!
Le Guichetier fait mine d´appuyer sur un bouton. On entend ce qui se passe dans la cabine grâce à un interphone bien qu´on ne voie pas HENRI. Des voix féminines gémissent de douleur dans les coulisses.
HENRI (vif et énervé)
Asseyez vous!... Arrêtez! Gardez vos voiles!
HENRI (fort puis ironique)
Je veux seulement vous faire parler…! Je suis curieux de savoir ce que vous avez dans le ventre!
PAUL parle dans l´interphone.
PAUL
Henri, tu m'entends?
PAUL attend un moment et se rend compte qu'HENRI ne l'a pas entendu.
PAUL ( hurlant)
Henri!
INTERPHONE HENRI (essoufflé, fort)
Oui!… Qu'est-ce qu'il y a?
INTERPHONE HONGROISE
Je suis une femme… Un être humain… J'ai rien d'autre à prouver! Non, rien d'autre... Faut me respecter et y a rien à prouver…!
PAUL ( fort)
Il y a une urgence! Faut dégager la nacelle. On est sur un gros coup! Je te trouve de plus en plus pénible…! Je te signale que tu es ici pour travailler et non pas pour passer ton temps à t'amuser! Il y a des demandes qu'on ne peut pas satisfaire pendant ce temps là... On perd de l'argent et çà commence à bien faire… Et puis, qu'est-ce que tu foutais là-dedans…? Espèce de dingue!
PAUL (au guichetier)
Vous appellerez une équipe de nettoyage… On va devoir faire une opération chirurgicale! Mettez-vous en contact avec le service médico-génétique. Ils vous donnerons les instructions pour la préparation de la nacelle…
GUICHETIER
A vos ordres, monsieur le préfet!
RIDEAU
C'est la fin de l'après-midi, le ciel est un peu nuageux. Les membres d'une même famille mangent et discutent gaiment autour d'une table. Sont présents à table pour un repas, Sophie (soixante ans) et sa petite-fille HELENE.
Le fantôme d’Helena vêtu d´un linceul blanc déboule sur scéne, s’approche légèrement des personnages puis s'éloigne un peu comme s’ils ne l'interessaient pas et attend.
HENRI sort dans le jardin de l´hopital psychiatrique où il est interné pour rejoindre sa famille venue lui rendre visite et qui l´attend à table. Le fantôme le voit de loin et semble très surpris comme si il venait enfin de retrouver celui qu'il avait toujours cherché. Le revenant s'avance, accélère et lorsqu'il arrive aux pieds d'HENRI, il tourne autour de lui.
L´esprit regarde enfin le visage du HENRI et le détaille. Ce dernier, au début tranquille, commence à exprimer de l'inquiétude et de la surprise. Le fantôme recule et HENRI pâlit, ralentit et vacille. Finalement, le fantôme part rapidement et sort de scène du côté cabine.
Soudain, on entend le cri puissant et surprenant d'HENRI, terrifié et souffrant. Son visage est déformé par la douleur et par la peur. Il se tient la tête entre les mains comme s'il voulait l'empêcher d'exploser. Il se contortionne et suffoque à cause de l'insupportable souvenir qui l'a touché. Il tend la main vers les membres de sa famille.
HENRI ( voix perplexe, faible et trébuchante )
Oh non... Je la vois, elle tourne... toujours... Elle est revenue!... (silence puis trés fort avec angoisse) A moi !... Venez m'aider, pitié!
SOPHIE lui jette pourtant un regard tranquille, habitué à ce genre de situation et s'adresse à HELENE tout en continuant à lire son journal.
SOPHIE ( rassurante puis ironique )
N'y fait pas attention ma chérie! Il se laisse aller.
L’ENFANT ( inquiète )
Dis grand-mère... mais qu'est ce qu'il a grand-père encore ? ... Il va mourir?
SOPHIE ( à sa fille et à son beau-fils, ironique )
Peut-être...ha... oui... Ou alors, il va encore s´en sortir, encore une fois.
SOPHIE ( rassurante, à sa fille )
Il est vieux, c'est normal que çà arrive. Il ne faut pas y faire attention. Je vais chercher des boissons...
SOPHIE sort de scène par la gauche (maison). L’ENFANT s'approche d’HENRI et l'observe curieusement.
L’ENFANT ( naïve )
Pourquoi tu as dis « venez m'aider » tout à l'heure? Tu sais que tu vas mourir, alors pourquoi tu veux qu'on vienne t'aider?
HENRI regarde les grands yeux bruns de SA PETITE-FILLE en souriant à travers ses larmes.
HENRI ( un peu calmé et souriant lui chuchote )
Tu es là, toi... tu es aussi revenue... Danse, danse pour moi!
L’ENFANT se met à sautiller, à danser autour d´HENRI en tapant dans ses mains. De la musique accompagne sa danse. Elle sort de scène et rejoint SOPHIE.
La PETITE-FILLE et SOPHIE retirent leurs perruques et les laissent en évidence dans les coulisses pour la fin de la pièce. HENRI, seul sur scène, va retirer l´écriteau « hôpital psy », le met par terre, retire sa perruque blanche puis il va s´asseoir à table face au public.
HENRI ( monologue )
A l'âge de huit ans, je suis entré dans les jeunesses armées françaises. Je croyais avoir trouvé ma voie et je m'y suis investi à fond. Ce sont mes parents qui m'avaient poussés à m'engager. Je servais à réaliser leurs rêves et cette utilité me satisfaisait et me suffisait. A cette époque, j'avais déjà fait amitié avec celui qui fut le complice de ma vie, de mon histoire. L'ami avec lequel j'ai tout bâti, avec qui j'ai régné...
Quinze ans plus tard, je reçus une lettre de Paul... étrange, évasive... et finalement, elle bouleversa ma vie! Il m'invitait alors à le rejoindre à Budapest et me promettait un emploi qui me permettrait de m'épanouir complètement. Il désirait que l'on concrétise ensemble, comment dire..., nos suprêmes aspirations, ..., nos désirs les plus fous.
La MILITAIRE entre sur scène du côté cabine et accroche du côté jardin le verso de l´écriteau à terre où on lit cette fois « gare de Budapest ». Elle prend la table et la place dans la cabine. Pendant ce temps, HENRI déplace les chaises au fond du jardin, l´une à côté de l´autre. La MILITAIRE attend ensuite dans la gare, les bras croisés, en tappant du pied et regarde autour d´elle. HENRI va chercher SOPHIE dans les coulisses du côté maison, s´habille d´une veste noire et prend une valise. SOPHIE porte un chapeau et un sac à main. Ils se dirigent ensuite vers le jardin (gare de Budapest). PAUL s´apprête à entrer du côté cabine. Il porte une veste élégante.
NB : Ca ne serait pas mal si tous les autres acteurs pouvaient se déplacer d´un côté à l´autre de la scène pour imiter la foule de la gare. HENRI met sa perruqze blanche avec les autres en évidence quand il retourne dans les coulisses.
INT. GARE. NUIT
La MILITAIRE patrouille et cherche les bruns. Elle contrôle leur identité. HENRI se fait bien-sûr interpeller par une jeune femme qui lui regarde les cheveux (voir les touche) d´un air étonné. PAUL cherche HENRI des yeux.
MILITAIRE
Veuillez me suivre monsieur! Je vais vérifier votre identité...
PAUL entre sur scène et cherche des yeux son ami et parcourt les quelques mètres qui l'éloignent d'HENRI et bouscule énormément la MILITAIRE.
PAUL ( à la militaire, autoritaire et énervé )
Mais qu'est-ce qui se passe? Cet homme est avec moi !
HENRI
Paul !
PAUL
Henri, mon vieux !
MILITAIRE
Veuillez m´excuser, Monsieur le Préfet... ce sont vos ordres....
PAUL (gêné)
Ha ha ha, oui bon, c´est bon, hein !
La MILITAIRE s´éloigne et sort de scène. PAUL et HENRI se font l´accolade.
PAUL
Henri ! Comment çà va, mon vieux ?
HENRI
Cà va... Et toi?
PAUL
Cà va!... t'as vraiment pas changé! Et ton voyage? Ca a été ?
HENRI (ironique)
(soupir) Ennuyeux et interminable. Bon, mais je vais bien, je suis pas trop fatigué. Je te présente ma femme, Sophie.
PAUL
Bonjour, Sophie. Allez viens... on part! Mon chauffeur attend. Tu dormiras chez moi jusqu´à temps que tu puisses t´installer, d'accord?
SOPHIE
Bonjour.
HENRI ( étonné par PAUL )
Pour la militaire tout à l´heure, c´était pas la peine de la bousculer comme çà, elle faisait son boulot!
PAUL
Mais je ne l'ai pas bousculée... mais attends, j'ai rien fait. Je l'ai même pas touchée!
(paroles approximatives de Jean-Marie Le Pen quand il avait bousculé une maire socialiste).
HENRI (interloqué )
Attends... mais je t´ai vu !!
PAUL (fuyant)
Oui, bon... Laisse tomber !
Les acteurs quittent la scène à part PAUL et HENRI qui s´asseoient sur les chaises du jardin après avoir retiré l´écriteau « gare » et éventuellement placé celui « jardin ». Si c´est Sophie qui doit jouer le rôle de la CLIENTE alors elle devra sortir dans les coulisses du côté cabine.
EXT. JARDIN. JOUR
PAUL et HENRI sont assis sur un banc (chaises). Ils se réjouissent comme des enfants et ont l´air bêtes (éventuellement, au choix).
PAUL (plus dynamique)
Venons en à mes projets... Tu sais qu'il reste à présent très peu de spécimens de races anifistes… Ils sont devenus précieux parce qu'il faudra eux aussi finir par les exterminer. Alors..., mon idée était de donner aux gens le droit de les tuer comme ils le veulent à condition qu'ils nous paient. Nous deviendrions riches! A présent, toute la population est conditionnée. Les gens n'attendent que çà! … Un parc d'attraction serait l'idéal!… C'est là que tu interviens…
HENRI (réfléchissant)
C'était çà ton projet? Des clients nous payerons pour tuer?
PAUL (souriant)
Exactement! Ils achèteront le droit de savourer les dernières miettes.
HENRI (perplexe puis sérieux)
C'est pas vrai!… Je ne m'attendais vraiment pas à çà! Je ne sais pas quoi dire! C'est grandiose!
PAUL (modeste puis curieux)
…Oh, ce n'est qu'un détail de l'histoire!… Qu'est-ce que tu en penses? Est-ce que çà te paraît réaliste?
HENRI (souriant et motivé)
Certainement!… Attends mais tu as vraiment le droit de t'y prendre comme çà? Le Parti est au courant?
PAUL (satisfait)
En quelque sorte, oui... J'ai carte blanche pour l'extermination… Et puis les ordres ne sont pas d'une extrême précision…Alors, j'ai une certaine marge de manœuvre!
PAUL et HENRI, l'air absorbé et inspiré, se regardent un moment.
HENRI
Si je comprends bien, tu comptes sur moi pour mettre çà sur pied…
PAUL
Oui! C'est pour cela que je t'ai fait venir… Je n'interviendrai pratiquement pas! Je laisse libre cours à ton imagination… Et si tu as besoin de renseignements… ou d'aide, je me tiens à ta disposition, d'accord?
HENRI est comblé et sourit franchement puis il semble réfléchir.
HENRI
Tu parlais d'un parc d'attraction…
PAUL
Oui, je pense que çà serait une bonne idée! Il y en a un pas loin. Il était désaffecté et j'ai envoyé des ouvriers faire quelques vérifications récemment...
HENRI et PAUL emmènent les chaises dans la cabine et les placent dossiers l´un contre l´autre près du public puis partent dans les coulisses côté cabine. PAUL retire l´écriteau « jardin » du côté jardin. HENRI peut jouer ensuite avec le chapeau du KKK le rôle du guichetier. Sophie se change en la CLIENTE rousse en tenue légère. Le guichetier entraîne les deux ARABES hors des coulisses, les asseoit sur les chaises, les ligote et sort. La CLIENTE entre ensuite dans la cabine avec un marteau et un fouet qu´elle pose sur la table.
NB : Les scènes de torture se déroulent dans les nacelles d´un grande roue.
INT. CABINE. LUMIERE ELECTRIQUE
CLIENTE (cynique)
Alors les soit disant intellos… Vous savez que je dois vous faire mourir! Essayez donc de vous comporter dignement pendant le temps qu'il vous reste à vivre!
HOMME (courageux, énervé et provoquant)
...Dignement?...Tu veux qu'on crève le sourire aux lèvres, c'est çà? Tu veux aussi peut-être qu'on embellisse ta tâche?
FEMME (ironique)
Un meurtre dans de bonnes conditions! Elle ne veut pas nous entendre hurler, nous voir pleurer… C'est dur de travailler ainsi, n'est-ce pas?
CLIENTE (fort)
On a préparé ses arguments à ce que je vois! Vous essayez de m'émouvoir? Mais... n'est-ce pas dur, pour vous, de tenter de trouver des arguments pour essayer de m'atteindre, pour essayer d'ébranler mes convictions... et de vous apercevoir... que vous n'avez rien de cinglant à me lancer à la figure... parce que vous êtes trop… déphasés?
HOMME
Nous sommes trop déphasés? Et comment le sais-tu?
CLIENTE (ironique et de plus en plus fort)
Eh bien, mon cher! Tu veux savoir ce qui me le prouve? Tu es assis et je suis debout! Tu es ligoté et moi, j'agis! J'agis et tu subiras ce que je voudrais!… Tu vas crever tandis que moi, je vais vivre! Tout cela parce que tu n'es qu'un pauvre con d'Arabe… un être inférieur. Tout simplement!
FEMME (ironique et fâchée)
Des êtres inférieurs que l'on prend le soin d'affamer!… Inférieurs? Mais tu as besoin de nous faire attacher pour t'en convaincre, n'est-ce pas?… Si tu étais si forte... pourquoi prendrais tu la précaution de nous ligoter avant d'agir, hein? Tu n'aurais même pas besoin de nous mettre dans une telle position…, pas besoin non plus de nous tuer… Je veux dire que tu ne devrais même pas te soucier de gens qui sont cons... On devrait se suffire à nous mêmes?... Pourquoi nous portes-tu autant d'intérêt?
CLIENTE
Parce que je ne supporte pas votre vue…, parce que vous remettez en question l'espèce humaine… Parce que j'aime ce qui est grand, beau et esthétique! Toute aberration mérite d'être éliminée, figure toi! Je vous ai attaché parce que c'est plus artistique et parce que c'est dans cette position que je pourrais opérer au mieux... pour vous tuer!
HOMME (énervé)
Eh bien, qu'attends-tu?… Tu veux nous tuer, sache que çà m'est égal! Quoi de plus normal qu'une folle et qu'une meurtrière tue? Est-ce impossible d'en être par malchance la victime? A quoi bon raisonner, puisque tu dois tuer?… La seule chose à laquelle je pense encore : c'est que tu me fais pitié... Je ne vois en toi qu'une esclave!
CLIENTE (énervée)
Ta gueule l'anifiste! Ta gueule!
HOMME (persévérant)
Une esclave enchaînée par son éducation, ses pulsions…, son orgueil…, des principes…. Alors vraiment… je ne vois pas en quoi tu es libre. Nous sommes peut-être des victimes ligotées… mais tu vois... on sait voir un peu plus loin que le bout de notre nez et j'en arrive même à te plaindre…
La CLIENTE, furieuse, se déplace vers la table et prend le marteau et le fouet. Les ARABES la regarde. La FEMME s'affole.
FEMME (pleurant et rageant)
Certes, on va mourir mais on ne s'est pas corrompu! Nous sommes innocents!
CLIENTE (à la FEMME, exaspérée)
Ta gueule!
OBSCURITE TOTALE SUR SCENE
Tout le monde sort. Le marteau et le fouet sortent aussi. Le Guichetier (joué par Pierre cette fois) est assis à table. On imagine qu´il y a un interphone sur la table et différentes commandes pour la roue. HENRI entre sur scène ensuite.
EXT. ROUE. MATIN
HENRI se dirige vers le guichet et salue le GUICHETIER.
GUICHETIER (familièrement)
Bonjour, mon commandant!
HENRI
Bonjour! Ma nacelle est-elle prête?
GUICHETIER
Oui! Je vais vous faire monter!C'est la sixième, n'est-ce pas?
HENRI
Oui, c'est çà!
HENRI
Comment vont les affaires?
GUICHETIER
Excellemment, mon commandant! Il y a une liste d'attente de plusieurs mois, maintenant… Aujourd'hui, çà n'a pas arrêté depuis ce matin. Toutes les nacelles sont occupées en ce moment!
GUICHETIER (avec humour)
Et voilà! La roue est immobilisée, vous pouvez entrer dans votre nacelle ! Je vous souhaite un agréable moment! Veuillet me suivre...
HENRI et le GUICHETIER sortent de scène puis le Guichetier revient s´asseoir à table. PAUL entre sur scéne du côté cabine. Il a un portable et discute avec quelqu´un. Il s´approche du guichetier qui se met au garde à vous.
PAUL (énervé)
Non!… Il n'y a pas de nacelle vide pour le moment...
PAUL (exaspéré)
Je sais… mais je vous ai déjà dit que la cause de son accident ne lui en donne pas le droit... Il était en état d'imprégnation alcoolique...!
PAUL (très étonné et jubilant)
...Combien?... Ah, mais çà change tout!... Ecoutez, nous allons faire le nécessaire... Je vous met en contact avec l'équipe médico-génétique!
GUICHETIER
Bonsoir, monsieur le préfet!
PAUL (vif)
Mettez moi en contact avec le commandant Lafont!
Le Guichetier fait mine d´appuyer sur un bouton. On entend ce qui se passe dans la cabine grâce à un interphone bien qu´on ne voie pas HENRI. Des voix féminines gémissent de douleur dans les coulisses.
HENRI (vif et énervé)
Asseyez vous!... Arrêtez! Gardez vos voiles!
HENRI (fort puis ironique)
Je veux seulement vous faire parler…! Je suis curieux de savoir ce que vous avez dans le ventre!
PAUL parle dans l´interphone.
PAUL
Henri, tu m'entends?
PAUL attend un moment et se rend compte qu'HENRI ne l'a pas entendu.
PAUL ( hurlant)
Henri!
INTERPHONE HENRI (essoufflé, fort)
Oui!… Qu'est-ce qu'il y a?
INTERPHONE HONGROISE
Je suis une femme… Un être humain… J'ai rien d'autre à prouver! Non, rien d'autre... Faut me respecter et y a rien à prouver…!
PAUL ( fort)
Il y a une urgence! Faut dégager la nacelle. On est sur un gros coup! Je te trouve de plus en plus pénible…! Je te signale que tu es ici pour travailler et non pas pour passer ton temps à t'amuser! Il y a des demandes qu'on ne peut pas satisfaire pendant ce temps là... On perd de l'argent et çà commence à bien faire… Et puis, qu'est-ce que tu foutais là-dedans…? Espèce de dingue!
PAUL (au guichetier)
Vous appellerez une équipe de nettoyage… On va devoir faire une opération chirurgicale! Mettez-vous en contact avec le service médico-génétique. Ils vous donnerons les instructions pour la préparation de la nacelle…
GUICHETIER
A vos ordres, monsieur le préfet!
RIDEAU
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