Friday, February 24, 2006

Première partie

La table et les deux chaises se trouvent dans le jardin. Sophie est assise, lit un journal, et Helene cueille des fleurs. Henri, portant une grande chemise blanche, est du côté maison et se coiffe. Sophie et Henri portent des perruques blanches car ils ont 60 ans environ. Helene peut porter une perruque avec de longues couettes. Helena en fantôme, vêtue d´un grand drap blanc, s´apprête à entrer sur scène du côté opposé, celui de la cabine. Dans le côté jardin, un écriteau « hôpital psychiatrique ».
La MILITAIRE et PAUL sont dans les coulisses du côté cabine et attendent leur tour.
EXT. JARDIN. JOUR

C'est la fin de l'après-midi, le ciel est un peu nuageux. Les membres d'une même famille mangent et discutent gaiment autour d'une table. Sont présents à table pour un repas, Sophie (soixante ans) et sa petite-fille HELENE.
Le fantôme d’Helena vêtu d´un linceul blanc déboule sur scéne, s’approche légèrement des personnages puis s'éloigne un peu comme s’ils ne l'interessaient pas et attend.

HENRI sort dans le jardin de l´hopital psychiatrique où il est interné pour rejoindre sa famille venue lui rendre visite et qui l´attend à table. Le fantôme le voit de loin et semble très surpris comme si il venait enfin de retrouver celui qu'il avait toujours cherché. Le revenant s'avance, accélère et lorsqu'il arrive aux pieds d'HENRI, il tourne autour de lui.

L´esprit regarde enfin le visage du HENRI et le détaille. Ce dernier, au début tranquille, commence à exprimer de l'inquiétude et de la surprise. Le fantôme recule et HENRI pâlit, ralentit et vacille. Finalement, le fantôme part rapidement et sort de scène du côté cabine.

Soudain, on entend le cri puissant et surprenant d'HENRI, terrifié et souffrant. Son visage est déformé par la douleur et par la peur. Il se tient la tête entre les mains comme s'il voulait l'empêcher d'exploser. Il se contortionne et suffoque à cause de l'insupportable souvenir qui l'a touché. Il tend la main vers les membres de sa famille.


HENRI ( voix perplexe, faible et trébuchante )
Oh non... Je la vois, elle tourne... toujours... Elle est revenue!... (silence puis trés fort avec angoisse) A moi !... Venez m'aider, pitié!


SOPHIE lui jette pourtant un regard tranquille, habitué à ce genre de situation et s'adresse à HELENE tout en continuant à lire son journal.


SOPHIE ( rassurante puis ironique )
N'y fait pas attention ma chérie! Il se laisse aller.

L’ENFANT ( inquiète )
Dis grand-mère... mais qu'est ce qu'il a grand-père encore ? ... Il va mourir?

SOPHIE ( à sa fille et à son beau-fils, ironique )
Peut-être...ha... oui... Ou alors, il va encore s´en sortir, encore une fois.

SOPHIE ( rassurante, à sa fille )
Il est vieux, c'est normal que çà arrive. Il ne faut pas y faire attention. Je vais chercher des boissons...


SOPHIE sort de scène par la gauche (maison). L’ENFANT s'approche d’HENRI et l'observe curieusement.


L’ENFANT ( naïve )
Pourquoi tu as dis « venez m'aider » tout à l'heure? Tu sais que tu vas mourir, alors pourquoi tu veux qu'on vienne t'aider?


HENRI regarde les grands yeux bruns de SA PETITE-FILLE en souriant à travers ses larmes.

HENRI ( un peu calmé et souriant lui chuchote )
Tu es là, toi... tu es aussi revenue... Danse, danse pour moi!


L’ENFANT se met à sautiller, à danser autour d´HENRI en tapant dans ses mains. De la musique accompagne sa danse. Elle sort de scène et rejoint SOPHIE.

La PETITE-FILLE et SOPHIE retirent leurs perruques et les laissent en évidence dans les coulisses pour la fin de la pièce. HENRI, seul sur scène, va retirer l´écriteau « hôpital psy », le met par terre, retire sa perruque blanche puis il va s´asseoir à table face au public.

HENRI ( monologue )
A l'âge de huit ans, je suis entré dans les jeunesses armées françaises. Je croyais avoir trouvé ma voie et je m'y suis investi à fond. Ce sont mes parents qui m'avaient poussés à m'engager. Je servais à réaliser leurs rêves et cette utilité me satisfaisait et me suffisait. A cette époque, j'avais déjà fait amitié avec celui qui fut le complice de ma vie, de mon histoire. L'ami avec lequel j'ai tout bâti, avec qui j'ai régné...

Quinze ans plus tard, je reçus une lettre de Paul... étrange, évasive... et finalement, elle bouleversa ma vie! Il m'invitait alors à le rejoindre à Budapest et me promettait un emploi qui me permettrait de m'épanouir complètement. Il désirait que l'on concrétise ensemble, comment dire..., nos suprêmes aspirations, ..., nos désirs les plus fous.

La MILITAIRE entre sur scène du côté cabine et accroche du côté jardin le verso de l´écriteau à terre où on lit cette fois « gare de Budapest ». Elle prend la table et la place dans la cabine. Pendant ce temps, HENRI déplace les chaises au fond du jardin, l´une à côté de l´autre. La MILITAIRE attend ensuite dans la gare, les bras croisés, en tappant du pied et regarde autour d´elle. HENRI va chercher SOPHIE dans les coulisses du côté maison, s´habille d´une veste noire et prend une valise. SOPHIE porte un chapeau et un sac à main. Ils se dirigent ensuite vers le jardin (gare de Budapest). PAUL s´apprête à entrer du côté cabine. Il porte une veste élégante.
NB : Ca ne serait pas mal si tous les autres acteurs pouvaient se déplacer d´un côté à l´autre de la scène pour imiter la foule de la gare. HENRI met sa perruqze blanche avec les autres en évidence quand il retourne dans les coulisses.

INT. GARE. NUIT

La MILITAIRE patrouille et cherche les bruns. Elle contrôle leur identité. HENRI se fait bien-sûr interpeller par une jeune femme qui lui regarde les cheveux (voir les touche) d´un air étonné. PAUL cherche HENRI des yeux.

MILITAIRE
Veuillez me suivre monsieur! Je vais vérifier votre identité...

PAUL entre sur scène et cherche des yeux son ami et parcourt les quelques mètres qui l'éloignent d'HENRI et bouscule énormément la MILITAIRE.


PAUL ( à la militaire, autoritaire et énervé )
Mais qu'est-ce qui se passe? Cet homme est avec moi !

HENRI
Paul !

PAUL
Henri, mon vieux !

MILITAIRE
Veuillez m´excuser, Monsieur le Préfet... ce sont vos ordres....

PAUL (gêné)
Ha ha ha, oui bon, c´est bon, hein !

La MILITAIRE s´éloigne et sort de scène. PAUL et HENRI se font l´accolade.

PAUL
Henri ! Comment çà va, mon vieux ?

HENRI
Cà va... Et toi?

PAUL
Cà va!... t'as vraiment pas changé! Et ton voyage? Ca a été ?

HENRI (ironique)
(soupir) Ennuyeux et interminable. Bon, mais je vais bien, je suis pas trop fatigué. Je te présente ma femme, Sophie.

PAUL
Bonjour, Sophie. Allez viens... on part! Mon chauffeur attend. Tu dormiras chez moi jusqu´à temps que tu puisses t´installer, d'accord?

SOPHIE
Bonjour.

HENRI ( étonné par PAUL )
Pour la militaire tout à l´heure, c´était pas la peine de la bousculer comme çà, elle faisait son boulot!

PAUL
Mais je ne l'ai pas bousculée... mais attends, j'ai rien fait. Je l'ai même pas touchée!
(paroles approximatives de Jean-Marie Le Pen quand il avait bousculé une maire socialiste).


HENRI (interloqué )
Attends... mais je t´ai vu !!

PAUL (fuyant)
Oui, bon... Laisse tomber !

Les acteurs quittent la scène à part PAUL et HENRI qui s´asseoient sur les chaises du jardin après avoir retiré l´écriteau « gare » et éventuellement placé celui « jardin ». Si c´est Sophie qui doit jouer le rôle de la CLIENTE alors elle devra sortir dans les coulisses du côté cabine.

EXT. JARDIN. JOUR

PAUL et HENRI sont assis sur un banc (chaises). Ils se réjouissent comme des enfants et ont l´air bêtes (éventuellement, au choix).


PAUL (plus dynamique)
Venons en à mes projets... Tu sais qu'il reste à présent très peu de spécimens de races anifistes… Ils sont devenus précieux parce qu'il faudra eux aussi finir par les exterminer. Alors..., mon idée était de donner aux gens le droit de les tuer comme ils le veulent à condition qu'ils nous paient. Nous deviendrions riches! A présent, toute la population est conditionnée. Les gens n'attendent que çà! … Un parc d'attraction serait l'idéal!… C'est là que tu interviens…

HENRI (réfléchissant)
C'était çà ton projet? Des clients nous payerons pour tuer?

PAUL (souriant)
Exactement! Ils achèteront le droit de savourer les dernières miettes.

HENRI (perplexe puis sérieux)
C'est pas vrai!… Je ne m'attendais vraiment pas à çà! Je ne sais pas quoi dire! C'est grandiose!

PAUL (modeste puis curieux)
…Oh, ce n'est qu'un détail de l'histoire!… Qu'est-ce que tu en penses? Est-ce que çà te paraît réaliste?

HENRI (souriant et motivé)
Certainement!… Attends mais tu as vraiment le droit de t'y prendre comme çà? Le Parti est au courant?

PAUL (satisfait)
En quelque sorte, oui... J'ai carte blanche pour l'extermination… Et puis les ordres ne sont pas d'une extrême précision…Alors, j'ai une certaine marge de manœuvre!

PAUL et HENRI, l'air absorbé et inspiré, se regardent un moment.

HENRI
Si je comprends bien, tu comptes sur moi pour mettre çà sur pied…

PAUL
Oui! C'est pour cela que je t'ai fait venir… Je n'interviendrai pratiquement pas! Je laisse libre cours à ton imagination… Et si tu as besoin de renseignements… ou d'aide, je me tiens à ta disposition, d'accord?

HENRI est comblé et sourit franchement puis il semble réfléchir.

HENRI
Tu parlais d'un parc d'attraction…

PAUL
Oui, je pense que çà serait une bonne idée! Il y en a un pas loin. Il était désaffecté et j'ai envoyé des ouvriers faire quelques vérifications récemment...


HENRI et PAUL emmènent les chaises dans la cabine et les placent dossiers l´un contre l´autre près du public puis partent dans les coulisses côté cabine. PAUL retire l´écriteau « jardin » du côté jardin. HENRI peut jouer ensuite avec le chapeau du KKK le rôle du guichetier. Sophie se change en la CLIENTE rousse en tenue légère. Le guichetier entraîne les deux ARABES hors des coulisses, les asseoit sur les chaises, les ligote et sort. La CLIENTE entre ensuite dans la cabine avec un marteau et un fouet qu´elle pose sur la table.
NB : Les scènes de torture se déroulent dans les nacelles d´un grande roue.


INT. CABINE. LUMIERE ELECTRIQUE

CLIENTE (cynique)
Alors les soit disant intellos… Vous savez que je dois vous faire mourir! Essayez donc de vous comporter dignement pendant le temps qu'il vous reste à vivre!

HOMME (courageux, énervé et provoquant)
...Dignement?...Tu veux qu'on crève le sourire aux lèvres, c'est çà? Tu veux aussi peut-être qu'on embellisse ta tâche?

FEMME (ironique)
Un meurtre dans de bonnes conditions! Elle ne veut pas nous entendre hurler, nous voir pleurer… C'est dur de travailler ainsi, n'est-ce pas?

CLIENTE (fort)
On a préparé ses arguments à ce que je vois! Vous essayez de m'émouvoir? Mais... n'est-ce pas dur, pour vous, de tenter de trouver des arguments pour essayer de m'atteindre, pour essayer d'ébranler mes convictions... et de vous apercevoir... que vous n'avez rien de cinglant à me lancer à la figure... parce que vous êtes trop… déphasés?

HOMME
Nous sommes trop déphasés? Et comment le sais-tu?

CLIENTE (ironique et de plus en plus fort)
Eh bien, mon cher! Tu veux savoir ce qui me le prouve? Tu es assis et je suis debout! Tu es ligoté et moi, j'agis! J'agis et tu subiras ce que je voudrais!… Tu vas crever tandis que moi, je vais vivre! Tout cela parce que tu n'es qu'un pauvre con d'Arabe… un être inférieur. Tout simplement!

FEMME (ironique et fâchée)
Des êtres inférieurs que l'on prend le soin d'affamer!… Inférieurs? Mais tu as besoin de nous faire attacher pour t'en convaincre, n'est-ce pas?… Si tu étais si forte... pourquoi prendrais tu la précaution de nous ligoter avant d'agir, hein? Tu n'aurais même pas besoin de nous mettre dans une telle position…, pas besoin non plus de nous tuer… Je veux dire que tu ne devrais même pas te soucier de gens qui sont cons... On devrait se suffire à nous mêmes?... Pourquoi nous portes-tu autant d'intérêt?

CLIENTE
Parce que je ne supporte pas votre vue…, parce que vous remettez en question l'espèce humaine… Parce que j'aime ce qui est grand, beau et esthétique! Toute aberration mérite d'être éliminée, figure toi! Je vous ai attaché parce que c'est plus artistique et parce que c'est dans cette position que je pourrais opérer au mieux... pour vous tuer!


HOMME (énervé)
Eh bien, qu'attends-tu?… Tu veux nous tuer, sache que çà m'est égal! Quoi de plus normal qu'une folle et qu'une meurtrière tue? Est-ce impossible d'en être par malchance la victime? A quoi bon raisonner, puisque tu dois tuer?… La seule chose à laquelle je pense encore : c'est que tu me fais pitié... Je ne vois en toi qu'une esclave!

CLIENTE (énervée)
Ta gueule l'anifiste! Ta gueule!

HOMME (persévérant)
Une esclave enchaînée par son éducation, ses pulsions…, son orgueil…, des principes…. Alors vraiment… je ne vois pas en quoi tu es libre. Nous sommes peut-être des victimes ligotées… mais tu vois... on sait voir un peu plus loin que le bout de notre nez et j'en arrive même à te plaindre…

La CLIENTE, furieuse, se déplace vers la table et prend le marteau et le fouet. Les ARABES la regarde. La FEMME s'affole.

FEMME (pleurant et rageant)
Certes, on va mourir mais on ne s'est pas corrompu! Nous sommes innocents!

CLIENTE (à la FEMME, exaspérée)
Ta gueule!


OBSCURITE TOTALE SUR SCENE

Tout le monde sort. Le marteau et le fouet sortent aussi. Le Guichetier (joué par Pierre cette fois) est assis à table. On imagine qu´il y a un interphone sur la table et différentes commandes pour la roue. HENRI entre sur scène ensuite.


EXT. ROUE. MATIN

HENRI se dirige vers le guichet et salue le GUICHETIER.

GUICHETIER (familièrement)
Bonjour, mon commandant!

HENRI
Bonjour! Ma nacelle est-elle prête?

GUICHETIER
Oui! Je vais vous faire monter!C'est la sixième, n'est-ce pas?

HENRI
Oui, c'est çà!

HENRI
Comment vont les affaires?

GUICHETIER
Excellemment, mon commandant! Il y a une liste d'attente de plusieurs mois, maintenant… Aujourd'hui, çà n'a pas arrêté depuis ce matin. Toutes les nacelles sont occupées en ce moment!

GUICHETIER (avec humour)
Et voilà! La roue est immobilisée, vous pouvez entrer dans votre nacelle ! Je vous souhaite un agréable moment! Veuillet me suivre...

HENRI et le GUICHETIER sortent de scène puis le Guichetier revient s´asseoir à table. PAUL entre sur scéne du côté cabine. Il a un portable et discute avec quelqu´un. Il s´approche du guichetier qui se met au garde à vous.



PAUL (énervé)
Non!… Il n'y a pas de nacelle vide pour le moment...

PAUL (exaspéré)
Je sais… mais je vous ai déjà dit que la cause de son accident ne lui en donne pas le droit... Il était en état d'imprégnation alcoolique...!

PAUL (très étonné et jubilant)
...Combien?... Ah, mais çà change tout!... Ecoutez, nous allons faire le nécessaire... Je vous met en contact avec l'équipe médico-génétique!

GUICHETIER
Bonsoir, monsieur le préfet!

PAUL (vif)
Mettez moi en contact avec le commandant Lafont!

Le Guichetier fait mine d´appuyer sur un bouton. On entend ce qui se passe dans la cabine grâce à un interphone bien qu´on ne voie pas HENRI. Des voix féminines gémissent de douleur dans les coulisses.


HENRI (vif et énervé)
Asseyez vous!... Arrêtez! Gardez vos voiles!


HENRI (fort puis ironique)
Je veux seulement vous faire parler…! Je suis curieux de savoir ce que vous avez dans le ventre!

PAUL parle dans l´interphone.

PAUL
Henri, tu m'entends?

PAUL attend un moment et se rend compte qu'HENRI ne l'a pas entendu.

PAUL ( hurlant)
Henri!

INTERPHONE HENRI (essoufflé, fort)
Oui!… Qu'est-ce qu'il y a?

INTERPHONE HONGROISE
Je suis une femme… Un être humain… J'ai rien d'autre à prouver! Non, rien d'autre... Faut me respecter et y a rien à prouver…!

PAUL ( fort)
Il y a une urgence! Faut dégager la nacelle. On est sur un gros coup! Je te trouve de plus en plus pénible…! Je te signale que tu es ici pour travailler et non pas pour passer ton temps à t'amuser! Il y a des demandes qu'on ne peut pas satisfaire pendant ce temps là... On perd de l'argent et çà commence à bien faire… Et puis, qu'est-ce que tu foutais là-dedans…? Espèce de dingue!


PAUL (au guichetier)
Vous appellerez une équipe de nettoyage… On va devoir faire une opération chirurgicale! Mettez-vous en contact avec le service médico-génétique. Ils vous donnerons les instructions pour la préparation de la nacelle…

GUICHETIER
A vos ordres, monsieur le préfet!


RIDEAU

Deuxième partie

RIDEAU

SOPHIE se trouve dans les coulisses du côté maison et revêtit une robe de nuit et des tasses de café. La table, les chaises, la télé et le drap sombre se trouvent ou sont déplacés dans la partie « maison ». Le Payadeur qui se trouve dans la maison se prépare totalement pour son intervention télévisée prochaine mais reste soit dans l´obscurité soit son visage est caché du public par du tissus ou du papier. Il prend avec lui du tissus imbibé de produit démaquillant et un bonnet en laine dont il se servira bien plus tard. Il n´y a aucun écriteau du côté jardin, juste celui « ghetto » est prêt á être posé. HELENA est assise sur une des chaises et Pierre est en face assis par terren en face d´elle, ils sont près du public.

EXT. RUE (JARDIN). SOIR

HENRI, en tenue civile, marche péniblement dans des rues. HENRI semble énervé et triste. Il ne se trouve pas très loin du ghetto. Il place maintenant l´écriteau « ghetto ».


EXT. MAISON (GHETTO). NUIT

Il arrive sur la place du ghetto, s'accroupit sur le perron d'une maison (celle d´HELENA) et se met à pleurer.


INT. MAISON (HONGROISE). NUIT

Il est environ vingt deux heures et elle partira travailler de nuit dans deux heures.

PIERRE
J'ai peur dans le noir!

HELENA (rassurante)
Il ne faut pas avoir peur, Pierre!… Tu sais, c'était pareil pour moi quand j'étais petite et je n'en suis pas morte! Allez, essaye de t'endormir!

PIERRE se retourne contre le mur.

PIERRE (rapide)
Dis, Hélène! Pourquoi tout le monde a peur, ici ?

HELENA (gênée)
Je ne sais pas... Dors, plutôt!

PIERRE
Je veux aller aux toilettes...

HELENA (sèche)
Encore?
HELENA
Je t'attends!

PIERRE sort de scène puis revient affolé. Elle comprend que quelque chose ne tourne pas rond et lui fait signe de se taire.

HELENA (chuchotant)
Qu'est-ce qu'il y a?


PIERRE (chuchotant)
Il y a quelqu'un dehors... derrière la porte...

HELENA se tait un instant.

HELENA
Va dans ton lit et ne fais pas de bruit!

HELENA sort de la chambre avec Pierre dans les coulisses (elle l´accompagne dans sa chambre).

HELENA
Je reviens tout de suite!

HELENA revient dans la maison, allume la lumière de la pièce et s´approche de la porte d´entrée derrière laquelle se trouve HENRI. Finalement, elle ouvre très lentement la porte.

EXT. PORTE (GHETTO). NUIT

HENRI, méfiant, est en train de reculer face à la porte. Elle place son index sur sa bouche pour qu'il garde le silence.

HELENA (chuchotant)
Excusez moi..., mais que faîtes vous ici?

HENRI (confus et chuchotant)
Je me suis perdu...

HENRI regarde le ciel.

HENRI
Je regardais le ciel!

HELENA
Ah bon… Mon petit frère vous a vu et vous lui avait fait peur…

HENRI (gêné)
Désolé...

HELENA observe les beaux vêtements civils d'HENRI.

HELENA
Vous n'êtes pas d'ici... Vous êtes-vous perdu? Est-ce que je peux vous aider…

HENRI (sec et autoritaire)
Non, çà va... Allez plutôt vous coucher!

HELENA, surprise, le regarde un instant.

HELENA (douce)
Je travaille cette nuit, monsieur! Bonsoir!

HENRI
Cette nuit?


HELENA
Oui, je suis avec l'équipe de nuit… On nettoie la ville…

HENRI
Ah…

HELENA ferme simplement la porte. HENRI regarde un instant la porte se fermer, hausse les épaules et puis part. Un peu plus loin, il regarde à nouveau la maison et hausse encore les épaules. On a cependant l'impression qu'il se force un peu à le faire. En fait, il est gêné d'avoir été surpris par une HONGROISE, qui s'est même proposée de l'aider et qui n'a pas semblée impressionnée par sa présence. HENRI retire l´écriteau « ghetto », sort de scène du côté cabine et s´apprête à y retourner.


OBSCURITE TOTALE SUR SCENE

Un acteur va jouer le rôle du chef de la République : Le Payadeur, qui va tenir un discours derrière un écran de télévision. Soit présence d´une télévision sur scène avec discours préenregistré sur K7, soit un carton noir (téléviseur) posé sur une table. La table est disposée du côté maison. L´acteur est assis sur une chaise derrière la table et un drap sombre cache son corps et seule sa tête apparaît dans le cadre du carton. Une lampe peut éclairer l´ « écran » pour le mettre en évidence.
SOPHIE s´installe avec ses tasses de café du côté maison et allume la lumière de la maison. HENRI revient du côté maison.
HELENA et son FRERE sont dans les coulisses du côté maison et attendent leur tour. Helena prend un livre dont elle aura besoin plus tard.


INT. SALON. SOIR

Le soir même SOPHIE prépare du café et fait les cent pas tranquillement chez elle. HENRI entre enfin en venant de l´extérieur (côté jardin). Il pose son manteau.

HENRI (neutre)
Je suis épuisé.

SOPHIE (souriante)
Je t'attendais et j'ai préparé du café, mon chéri! Sinon, ca va ?

HENRI
Oui, merci et toi?

SOPHIE
Je me suis un peu inquiétée... Le Payadeur va faire un discours télévisé.

SOPHIE ferme la lumièrede la pièce et approche une lampe du téléviseur puis elle l´allume. LE PAYADEUR gesticule et parle comme un hypnotiseur. Sa voix est suave, persuasive et lente. Il a l'air assez ridicule.

HYPNOTISEUR
…Dans le passé, nous, les NiFistes, avons redonné à notre magnifique Terre, beauté et intégrité. L'immigration anifiste a été enrayée. Tous les problèmes comme la violence gratuite ont miraculeusement disparu… Voyez comme tout est paisible désormais… Les anifistes étaient assurément des êtres à part, belliqueux et malsains, qui portaient en eux tous les maux de la société. Le magma cosmopolite ne mettra plus jamais en danger nos ambitions! Les complots ont été déjoués!

Plus récemment, nous avons étendu notre doctrine à l'Europe dont nous avons fait entièrement la conquête pour trouver un indispensable espace vital. Sur les sols anifistes, il a bien fallu faire la guerre et une ségrégation raciale afin de préserver la pureté de notre peuple. C'était inévitable! Les anifistes qui sont tous fondamentalement fainéants et pervers, auraient cherché par tous les moyens à se reproduire avec nos femmes. Mais heureusement, nous avons nifisé l'Europe sans leur laisser le temps de l'anifiser! L'Union Européenne était un grand mal! La déchéance rapide de ses membres en témoigne. Songez à l'Espagne!

Notre population nifiste est fondée sur le sang, la race et la culture… Elle est, par conséquent, supérieure à toutes les autres!

Anifistes, rappelez vous que je ne suis pas xénophobe mais niphistophile!

Mes chers compatriotes, bonsoir. N'oubliez pas que je vous aime par-dessus tout!

HENRI (ironique)
Sieg Heil !

HENRI hausse les épaules et éteint la lampe de la télé. Il allume la lumière de la pièce.


HENRI (songeur)
Sophie... Pourquoi?

SOPHIE (inquiète)
Pourquoi quoi? Qu'est-ce qu'il y a?

SOPHIE reprend rapidement le sourire pour ne pas inquiéter HENRI mais celui-ci ne répond pas.

SOPHIE (souriante et entraînante)
Qu'est-ce que tu veux dire?

HENRI (hésitant puis s'énervant un peu)
Non, rien… Je ne sais pas… Je me pose des questions… Pourquoi j'ai ce rôle?… Pourquoi tu es ma femme…? Pourquoi les choses sont ainsi?… Tout ceci, çà ne tient pas à grand chose! Finalement, les choses auraient pu être autrement!

SOPHIE (réfléchissant)
Les choses sont comme elles ont, mon chéri… Si les choses suivent ce cours, ce n'est pas par hasard… La vie est une lutte perpétuelle et les plus forts s'imposent. Vivre, c'est être responsable et çà se mérite... Il y a ces anifistes qui sont de vrais boulets. On n'avance pas avec une société où les avis divergent sans arrêt… et quand les gens sont trop différents!… Il fallait que les choses aillent de l'avant et surtout dans le même sens. Heureusement que les choses se sont arrangées, n'est-ce pas? Tout va pour le mieux nous affirmait encore aujourd'hui Le Payedeur à la télévision!

SOPHIE semble extrêmement troublée et ne sait pas quoi répondre. HENRI quitte la cuisine.


OBSCURITE TOTALE SUR SCENE


Sophie sort de scène du côté maison en emmenant la TV mais en laissant le drap noir au sol dans un coin. Le Payadeur (Pierre) se démaquille (moustache) et se enfile son bonnet en laine puis il va se coucher par terre dans le drap noir.
Henri entre dans le côté jardin et se trouve dans le ghetto. Il place l´écriteau adéquat.
Helena sont déjà du côté maison dans leur chambre. Helena installe la table et la chaise près de la fenêtre et prend le livre et la lampe, s´installe puis lit.


EXT. RUELLE. NUIT

HENRI se trouve dans le ghetto près de la maison et il s´approche de la fenêtre de la chambre des enfants. Il regarde à l'intérieur et sourit. Il tape légèrement la vitre.


INT. CHAMBRE. OBSCURITE

HELENA s'effraye et regarde vers sa fenêtre. Son FRERE ne s'est toujours pas réveillé. HENRI lui fait signe de se taire et de s'approcher. HELENA, inquiète, se lève et va ouvrir la fenêtre avec précaution.

HELENA (étonnée, chuchotant)
Qu'y a t'il, monsieur?

HENRI
Je passais par-là et je voulais te saluer…

HELENA
C'est gentil, merci… Mais, il est un peu tard.

HENRI
J'ai trouvé ton comportement exemplaire l'autre jour.

HELENA
Hier, dans le bar? Qu'y faisiez-vous, d'ailleurs?

HENRI
Je te cherchais… Non, je ne parlais pas du bar mais du soir d'avant quand je m'étais perdu… Tu étais bien discrète… Tu en as parlé depuis?

HELENA
Certainement pas! Çà aurait inquiété davantage mes parents et c'est pas le moment!

HENRI
Les gens s'inquiètent par ici?

HELENA reste un moment silencieuse.

HELENA (provoquante)
Çà vous étonne…?

HENRI
Que penses-tu des Francais?

HELENA (ironique)
En général ou en particulier?

HENRI
Les deux…

HELENA (ironique)
Je ne peux pas me permettre de dire ce que je pense… Alors, je vais réciter ce que je suis sensée répondre…

HENRI (réticent)
Non! La situation est unique… Parle moi franchement… Tu n'as rien à craindre…


HELENA
Ni rien à perdre…! Je veux bien vous répondre mais promettez moi que je serai la seule à payer les conséquences de cet acte!

HENRI (rassurant et rassurant)
Oui, oui bien-sûr! Alors dis moi… ce que tu penses de nous et … de moi…


HELENA (vive)
Vous êtes de viles ordures!

HENRI (déçu et mécontent)
Je vois…

HELENA (ironique et énervée)
Vous m'aviez demander d'être franche… Maintenant vous souffrez et vous êtes mécontent… Mais comparez ce que vous ressentez face à ce qui m'attend… et à ce que je ressens tous les jours! Çà n'a rien à voir! Moi, je ne vous plains pas! Désolée!

HELENA désigne son frère.

HELENA (à HENRI, émue)
Lui, c'est mon petit frère… Il a cinq ans… Il s'appelle Pierre. C'est la seule personne à laquelle je tienne réellement et je vais le perdre un jour ou l'autre. Il est condamné lui aussi… puisque qu'aucun d'entre nous n'échappera à l'extermination…

HENRI (air innocent)
Mais de quelle extermination parles-tu?

HELENA regarde HENRI intensément dans les yeux. Elle semble irritée et déçue de le voir mentir. Elle commence à refermer la fenêtre.

HELENA
Si c'est tout ce que vous trouvez à me dire…

HENRI l'empêche de fermer la fenêtre.

HENRI (pressé et inspiré)
Excuse moi… C'est des phrases toutes faites qui me viennent à l'esprit. J'ai du mal à faire la part des choses… à être objectif… Je ne te mentirai plus, je te le promet!… Pas ce soir… Pas à cette fenêtre… Pas à un ange…

HELENA (sèche)
Je ne suis pas un ange…

HENRI
Pour moi, si… Laisse moi y croire… Je t'en prie!… Comment t'appelles-tu?

HELENA
Je m'appelais Hélèna. Mais en Patochin, on le prononce apparemment : Hélène…

HENRI (songeur)
Hélèna…

HENRI regarde PIERRE pour vérifier qu'il dort toujours.

HENRI
Tu me dis que tu aimes ton frère… Mais de quelle manière? Explique moi! Qu'est-ce l'amour pour toi?…

HELENA (passionnée et songeuse)
La misère rapproche les gens! L'amour… est un esclavage qui nous permet de nous élever humainement et de nous surpasser…

HENRI (attentif et souriant)
Oui…

HELENA (triste)
J'ai dû affronter le regard de mon frère, récemment. Un regard qu'on aime et qui souffre… Un regard qui anéantit! C'était quand mes grand-parents ont été enlevés…

Il y a un silence. HENRI regarde HELENA et semble gêné.

HELENA
Des militaires francais les ont enlevés il y a un mois. C'était les seuls à partir ce jour là… Ils sont partis sur des civières… Sont-ils toujours vivants? Pouvez-vous me renseigner?

HENRI (songeur)
Oui, je me rappelle…

HELENA (surprise)
Comment çà?

HENRI (rapidement et hésitant)
…On sait tout chez nous… Ils ont été mal traités…

HENRI (soupire)
Il vaut mieux pas que tu n'en saches pas plus…

HELENA (insiste)
Ils sont morts?

HENRI
Le vi… euh, ton grand-père a été relogé vers la roue…

HELENA (curieuse)
Mais qu'est-ce qui se passe là-bas? La roue s'est mise a retourner et il y a beaucoup d'animation…


HENRI (souriant)
C'est joli, tu ne trouves pas? C'est moi-

HELENA (le coupe sèchement)
Mais, pourquoi avez-vous emmène mon grand-père, là-bas?

HENRI (hésite)
C'est un parc d'attraction…

HENRI (hésite)
Hélèna, tu es trop jeune… Je ne peux pas tout te dire. Il s'agit de secrets militaires.

HELENA
Vous m'aviez promis de me dire la vérité!

EXT. GHETTO. NUIT

Un ESPION entre sur scène du côté cabine, avance dans le ghetto et se met en embuscade. Il se rapproche discrètement de la maison d'HELENA et observe HENRI qui ne le voit pas.


HENRI (rétorquant)
Non, je t'ai seulement promis de ne pas te mentir. Je ne peux pas tout te dire! Comme on dit, toute vérité n'est pas bonne à dire... Ce sont des secrets militaires, tu comprends?

HELENA (étonnée)
Mon grand-père, un secret militaire?

HENRI (souriant)
Pas vraiment, non…!

HELENA (suppliante)
Est-ce que je pourrais le voir?

HENRI
…Certainement pas, c'est trop risqué.

HENRI hésite et réfléchit.
L´espion sort de scène du côté cabine.


INT. CHAMBRE. NUIT

PIERRE se réveille et se frotte longuement les yeux. Il se lève en tirant son drap derrière lui et touche HELENA qui sursaute. Il se penche à la fenêtre. L´espion le voit aussi.

PIERRE
C'est qui le monsieur?

HELENA (surprise puis convaincante)
C'est pas un monsieur… C'est un ange! Il vient nous parler.

PIERRE se frotte les yeux et les écarquille. HENRI s'émeut. HELENA essaie de raccompagner son frère dans son lit.

HELENA
Il vient nous donner des nouvelles de grand-père…

PIERRE (excité)
Est-ce que je peux toucher les ailes de l'ange?

HELENA (à HENRI)
Non, ses ailes sont douloureuses… C'est un ange déchu… Ses ailes ne lui sont plus d'aucune utilité… Elles sont atrophiées et rabougries.

PIERRE regarde HENRI d'un air étonné et s'approche de la fenêtre. HELENA monte son frère sur une chaise pour qu'il puisse discuter avec HENRI.

PIERRE (à HENRI)
Elles te font mal?



PIERRE se frotte encore les yeux et observe le dos d'HENRI quand celui-ci se retourne. Il y a un silence total à l'extérieur. HENRI, un peu rassuré, hausse les épaules.


PIERRE (à HELENA, chuchotant)
Elles sont vachement petites ses ailes! Je ne les vois même pas.

HENRI se retourne vers les ENFANTS et leur sourit.

HENRI
Je vais bientôt devoir partir…Je vous souhaite une bonne nuit… Je dois y aller… Ne vous fatiguez pas trop, ce soir! J'ai demandé qu'on vous laisse en paix…

HELENA
Vous reviendrez?

HENRI
Oui, on se reverra…


RIDEAU

Troisième partie

RIDEAU

PIERRE et HELENA sortent du côté cabine où Helena s´habille avec une robe rouge.
L´écriteau « ghetto » disparaît. La table et les chaises sont réinstallées dans la maison à la façon de l´appartement d´Henri. HENRI et SOPHIE sont sur scène chez eux, debouts en face l´un de l´autre.

INT. SALON. JOUR

HENRI et SOPHIE sont chez eux. Ils se regardent.


HENRI (songeur)
Dis moi, si jamais je me faisais arrêter… et si on me torturait ensuite. Comment réagirais-tu?… Toi qui m'aime…

SOPHIE (triste et sèche)
Quelle idée!… Quelle question puisque je t'aime!

HENRI (insistant)
Que ferais-tu?

SOPHIE (vive)
Je les supplierais de t'épargner… Je les tuerais!

HENRI (songeur)
Ah…

SOPHIE (inquiète mais rassurante)
Mais qu'est-ce que tu as à craindre? Nous sommes à l'abri de telles souffrances…

HENRI (songeur)
Je sais, elles sont destinées aux anifistes…

HENRI réfléchit.

HENRI (doutant)
Ces êtres inférieurs que nous infériorisons, que nous anéantissons. Oui, nous sommes à l'abri de telles souffrance… On échappe à la douleur et on la leur fait subir… C'est tellement rassurant! On est à l'écart et on va jusqu'à se permettre de la créer, cette souffrance! Et c'est sensé être exaltant…?

SOPHIE (sèche et inspirée)
Henri… C'est la doctrine!… "Infligez aux autres ce à quoi vous voulez échapper."

HENRI (récitant et calme)
"C'est la doctrine! Les anifistes sont cruels et voraces. Faites les souffrir parce qu'ils vous feraient subir la même chose s'ils le pouvaient! Le temps est venu, pour nous nifistes, les purs, les magnifiques de mettre un terme à ce système de choses… Vengeons nous pour les souffrances et le manque de respect qu'ils nous ont infligés depuis des siècles et des siècles et exterminons les!"…

SOPHIE (souriante)
"…Savourons leurs souffrances en chœur!"… Chapitre 4, verset 3, Le Payedeur.

HENRI (songeur)
Voir leurs souffrances… un mémorial de la lutte de l'homme contre l'homme… Mais les hommes ne se sont pas toujours comportés ainsi!… Pourquoi la tauromachie par exemple, cet acte destructeur qui symbolisait la lutte entre l'homme et la bête sauvage a été interdit!

SOPHIE (inspirée)
Mais c'est pas la même chose!… Les animaux sont innocents et n'ont plus rien à voir avec l'humanité. Ils luttent assez entre eux. L'homme ne doit être un loup que pour l'homme!


HENRI (agité)
Mais on annihile aussi leurs sentiments et leurs pensées. Les anifistes seraient sensés en être dépossédés après autant d'années de servage. Mais, il leur reste des traits humains!… Il y a quelque chose d'inaltérable! Je l'ai vu et je l'ai entendu!… Quand ils râlent avant de mourir… C'est plus qu'un cri de plaies béantes! Ils me crient leur humanité! Ils me jettent leurs âmes à la figure!… Dans la roue…, j'ai fait des expériences… Je suis allé vérifier par moi-même et je le sais!

SOPHIE (affolée)
Henri! Tais toi!

HENRI (ému)
Tout s'embrouille dans ma tête…

Ils se regardent affolés. SOPHIE se reprend, se lève et se place face à lui.

SOPHIE (s'énervant)
Tu divagues…? Tu ne peux pas remettre en question la doctrine! Comment comptes-tu mener ta vie si tu ne t'y soumets pas…? Tu vas être rejeté!… Il faut que tu t'y conformes! Tu n'as pas le choix, crois moi!…

HENRI reste toujours troublé.

SOPHIE(suppliante)
Je suis enceinte! Tu dois penser à ta famille! Sacrifie toi si tu doutes! Tu as mon bonheur et celui de notre enfant entre les mains… en plus du tien!

Il y a un silence. HENRI regarde SOPHIE et comprend qu'elle ne partage son point de vue. Il tente de se calmer pour ne pas l'inquiéter davantage.

HENRI (calme et sec)
Calme toi, Sophie!… Je ne vous oublie pas! J'exprimais des idées…

SOPHIE (furieuse)
Des idées? A quoi bon penser? Penser ne mène qu'à la confrontation!… L'ancien monde ne l'illustre t'il pas assez, peut-être?…

HENRI (incrédule et énervé)
Mais si!

SOPHIE (vive et convaincante)
Il faut bien faire des sacrifices pour le bien-être de notre nation! N'apprécies-tu pas l'harmonie qui règne depuis la purification ethnique?… Les nifistes ne se sont jamais sentis aussi mieux!…

HENRI (calme et récitant)
"L'humanité ne rayonne et ne préserve ses meilleurs atouts que dans la mesure où elle sélectionne ses meilleurs éléments. Elle reste à l'abri de tout conflit que si l'anifiste conforme ses idées à la doctrine!"… Chapitre 8, verset 2, Le Payedeur.

HENRI (énervé)
Tout est trop simple, Sophie… C'est une généralisation qui me déplaît! Il existe des anifistes qui mériteraient de survivre… Moi, je me dégoûte… Je n'arrive pas à leur cheville de certains.

SOPHIE (furieuse)
Quoi? Tu es fou?…

HENRI
Notre société possède autant de souffrance et de malheur que les précédentes…


SOPHIE
On parviendra à s'en libérer… quand il la vermine aura disparue… Bientôt, le monde sera parfaitement heureux!


HENRI
Le prix de ce bonheur est bien cruel… Le malheur n'aura pas disparu, Sophie… Il aura été notre instrument!

SOPHIE
Rien n'est gratuit!

HENRI
Au fond, je ne vois pas d'amélioration même si on veut nous en donner l'impression!

SOPHIE (exaspérée)
Et que comptes-tu faire? Tu es seul… Ne te rends-tu pas compte que tu es ridicule!… Si on te repère, on t'éliminera! Ne sois pas égoïste!

HENRI
On n'en saura rien! Je serai discret!

SOPHIE (gênée et vive)
C'est trop tard! Tu m'as inquiétée et j'ai prévenu Paul...

HENRI (furieux puis ironique)
Paul? Mais vous n'avez toutes que ce mot à la bouche!… Paul!Paul!

SOPHIE (reprochante)
Toutes?… Henri, je t'aime! Mais je ne te laisserais pas gâcher nos vies… Il faut que tu te fasse soigner… On t'empêchera de retourner là d'où tu viens!…

HENRI, inquiet, regarde SOPHIE et ne répond pas. SOPHIE se tait. Elle prend ses affaires pour aller travailler.

SOPHIE
Je pars travailler!

HENRI (inspiré et désespéré)
D'où je viens…? Mais tu ne peux pas le savoir…!

SOPHIE est donc sortie du côté maison dans les coulisses, elle prend un par-dessus, un chapeau et son sac à main.

HENRI s'affole et prend son visage entre ses mains.

HENRI (à lui-même, affolé)
Mais qu'est-ce que j'ai fait?…

HENRI sort de scène du côté CABINE et se tient prêt. PAUL, en par-dessus, entre sur scène du côté cabine et se promène dans le jardin. Il attend Sophie qui ne tarde pas à le rejoindre.

EXT. JARDIN. JOUR

SOPHIE et PAUL discutent dans une rue.

SOPHIE
Bonjour, mon général!

PAUL (rassurant)
Bonjour, Sophie! Je ne m'attendais un peu à ce que tu me rende visite! Alors, quoi de neuf?

SOPHIE (désespérée)
Henri perd les pédales… Il se met à défendre les opprimés à présent…!

PAUL (rassurant)
Ah bon?… Ne t'inquiète pas, je crois savoir de quoi il s'agit…

SOPHIE
C'est une femme?

PAUL (ironique)
Pas tout à fait… Mais c'est dans le genre…

SOPHIE
Comment çà dans le genre?

PAUL (songeur et amusé)
…Je pense qu'il dévie un peu. Je croyais que je le connaissais… Je n'aurai jamais imaginé qu'il puisse avoir ce genre de fantasme… Il n'a pas dû oser nous en parler… Çà ne m'étonne pas d'ailleurs!… Je vais lui offrir un spectacle de luxe et il va nous revenir! Fais moi confiance…

PAUL réfléchit.

PAUL (riant)
Tu me disais qu'il défendait les opprimés? C'est vrai qu'il était assez emballé ce matin…

SOPHIE (incrédule)
Vous nous écoutiez?

PAUL
Oui… Rassure-toi, on ne renonce pas à ses principes et à son éducation aussi facilement, crois moi!… Je crois qu'Henri à simplement un penchant qu'il ne s'est pas encore avoué… Çà explique ses troubles… Je vais résoudre son problème…

SOPHIE
Mais quel problème?

PAUL
Moins tu en sais, mieux ce sera! Tu n'étais pas bien brillante ce matin…

SOPHIE
Ah bon?

PAUL (reprochant)
Tu n'arrêtais pas! Bon, j'ai du travail…

SOPHIE
Entendu, mon général. Au revoir! Je ne sais jamais si je dois t'appeler Paul ou vous appeler mon général…

PAUL
Fais ce que tu veux… Çà dépend des circonstances… A plus tard!

SOPHIE quitte la pièce du côté cabine. (Elle en profite pour se déguiser en FEMME HONGROISE)

PAUL (à lui-même, incrédule)
Et dire que c'est une gamine qui cause tout ce bazar!

EXT. PARC D'ATTRACTION (côté cabine). JOUR

HENRI visite des stands. PAUL le rejoint amicalement.

PAUL (riant)
…Je suis fatigué. Il y a tant de travail!

HENRI
Oui, c'est vrai...

PAUL
Mais on ne va pas s'en plaindre... Tu es pressé?

HENRI
Un peu, oui…

HENRI
Tu as bien une heure?

HENRI hésite.

PAUL (convaincant)
Allez, une heure! C'est pas long… Je vais bientôt te rendre ta liberté et tu pourras rentrer chez toi. J'ai une dernière chose à te montrer... C'est un cadeau... pour me faire pardonner pour l'autre jour... Mais tu sais, c'était aussi dans ton intérêt...

HENRI
Un cadeau...?

PAUL
Oui exactement comme tu les aimes, et j'ai même prévu du champagne! Viens voir!

PAUL entraîne HENRI hors de scène du côté cabine.


INT. CABINE. LUMIERE

Le GUICHETIER (il a le masque d´Helena et du sparadrap dans les poches) entraîne la FEMME HONGROISE (Sophie) masquée sur scène dans la cabine, lui scotche la bouche puis sort de scène et y revient avec Helena qui porte une jolie robe rouge. Il la place à côté de l´autre et lui scotche la bouche. Soudain PAUL et HENRI, armés de couteaux, entrent sur scène en riant dans la cabine et à ce moment le guichetier place le masque sur le visage d´HELENA. HENRI n´a pas eu le temps de la voir. Cette opportunité ratée de la reconnaître à temps est importante parce qu´elle ajoute au drame qui va suivre. Le militaire tourne les femmes vers le mur et commence par HELENA qui n´a pas pas eu le temps de voir Henri. Henri tourne la première femme (Sophie). PAUL l´observe.


PAUL
On ne les voit pas… On ne les entend pas... Aurais-tu peur des femmes, Henri? Tu n'as pas confiance en toi ou quoi...? Tu leur retires toute leur identité.

PAUL prend le relais, prend un morceau de sparadrap, retourne HELENA et la scotch immédiatement.

PAUL
On se comporte comme çà que face à des femmes que l'on craint... quand on a peur de ne pas avoir assez d'influence sur elles parce qu'on se sent faible...

HELENA avance de quelques pas en regardant HENRI qu´elle vient de reconnaître. PAUL la remet à sa place violemment.

HENRI (riant)
Je le leur demande de trouver quelque chose d'intéressant à me dire. Je les laisse réfléchir...

HENRI prend un couteau et retourne la première femme.

HENRI (à la femme)
Si tu ne trouves pas quelque chose d'intéressant à me dire, je vais te tuer!... Je te donne dix secondes pour me donner une réponse... Tu n'as qu'à hocher la tête pour me dire quand tu seras prête... Passé ce délai, je devrais te poignarder... Un, deux, trois, quatre, ..., cinq, six, sept, huit, neuf..... et dix. C´est pas vrai, rien à dire ?

HENRI arrache le sparadrap et attend. La FEMME (Sophie) se met à hurler. HENRI la poignarde. Les autres FEMMES sursautent, gémissent et se retournent.
Le GUICHETIER sort cette FEMME de scène.
SOPHIE (cette femme) en profite pour se changer en SOPHIE dans les coulisses, : chapeau et grand par-dessus. Le GUICHETIER (Pierre) se déguise en infirmier. Il prépare la grande chemise blanche pour HENRI et une seringue.

HELENA, folle de rage, sautille vers HENRI, tombe et se tortille sur le sol. PAUL s'esclaffe et s'avance vers elle.

PAUL
Henri, laisse moi celle-là ! Elle a sûrement des trucs à dire!

HENRI
D'accord.

PAUL lui retire le sparadrap. HELENA sanglote.

PAUL (déçu)
Pffff ! Stupide!

HELENA
Henri!!! Bas les masques!

PAUL part dans un éclat de rire et la poignarde. HENRI reconnaît la voix d´HELENA et semble un instant surpris puis se précipite pour lui retirer son masque.

HENRI (désespéré)
Non!… Hélèna!

HENRI presse HELENA contre lui tandis qu'elle meurt. PAUL bouscule HENRI violemment.

PAUL
Qu´est-ce que tu fous?

HENRI
Non pas çà… Pitié!

PAUL essaie de les séparer. HENRI poignarde PAUL soudainement avec rage.

HENRI
Crève !

HENRI va se réfugier dans un coin et tremblote comme un dément. L´INFIRMIER entre sur scène et place l´écriteau « hôpital psy » du côté jardin. Il va chercher HENRI, lui fait une injection, lui enfile la chemise blanche et l´asseoit sur une des chaises du côté maison. SOPHIE les rejoint et HENRI a le buste sur les cuisses, les bras balants. Il est sous sédatif et à moitié endormi. Un INFIRMIER en blanc discute avec Sophie.


INT. PIECE. JOUR

UN INFIRMIER (à SOPHIE)
Il n'a rien eu à part une injection, n'est-ce pas?

SOPHIE
Non, mais il a été profondément choqué. Je désire qu'on le réhabilite dans un centre de soin spécialisé.

INFIRMIERMais bien entendu, madame… un hôpital psychiatrique lui évitera la détention en prison.

SOPHIE sourit froidement.


OBSCURITE TOTALE SUR SCENE

Les acteurs vont chercher leurs perruques blanches pour SOPHIE et HENRI, blonde avec des longues couettes pour HELENE leur petite-fille. Les perruques se trouvent dans les coulisses côté maison et sont en évidence. La table et les chaises sont déplacées dans le jardin comme au début de la pièce.
SOPHIE, HENRI (tous les deux soixante ans) et leur PETITE-FILLE se trouvent dans le jardin comme au début de la pièce.

EXT. JARDIN. JOUR

La petite HELENE danse autour d´HENRI et applaudit.

HENRI ( fort )
Danse, danse pour moi!

Le vieil HENRI vient de vivre (histoire) une rapide remémoration pre mortem de sa vie. Il regarde à gauche, à droite de la scène puis devant lui vers le public et écarquille les yeux.

HENRI est alors victime d'une attaque cardiaque. SOPHIE s'approche, prend sa PETITE-FILLE par la main. Puis elle sourit, froide et calme au public et sort de scéne.